17.09.2010

(suite)

 

 

(p.35) leurs mentors politiques, privera nos enfants d'une protection minimale contre le retour de l'abomination. Au même moment, Jacques Chirac, entouré de lycéens, allait à Auschwitz célébrer « le devoir de mémoire qui s'impose au monde. Et l'espérance que jamais, plus jamais, nulle part, ne s'accomplisse une telle horreur ». Prenons-le au mot, et allumons la lumière...

 

(p.74) Au printemps 1994, la complicité de la France avec le Hutu Power nous ancrera dans cette conviction : sans un minimum d'assainissement politique du terrain

franco-africain, il n'est pas envisageable de refonder une coopération crédible.

 

(p.76) Le 7 avril 1994, nous apprenons l'attentat qui a abattu l' avion du président rwandais Juvénal Habyarimana. Peu après nous arrivent les nouvelles des premiers massacres.

Nous sommes un moment stupéfaits par leur déchaînement, et par la réaction des autorités françaises : elles se contentent en apparence de sauver les Français ou autres Européens; elles exfiltrent à Paris une partie du clan Habyarimana et 34 Rwandais inconnus, sous couvert de l'évacuation d'un orphelinat. Certains reportages nous éclairent cependant, dans la presse écrite. Un génocide est en cours, exécuté par une armée et des milices équipées et entraînées par la France. Loin de se reprendre, celle-ci ne cessera, pendant et après ces massacres inouïs, d'apporter son soutien au camp du génocide.

 

(p.77) Il ne faut pas compter sur la télévision. Au départ, on l'a vu, ses moyens sont en Afrique du Sud pour filmer la fin de l' apartheid. Une forte autocensure s' exercera ensuite, et

même une censure. La consigne : on ne montre que les réfugiés hutus, pas les massacres. L'Élysée est très vigilant. Comme on dit dans les rédactions, il ne faut pas tacher le futur mausolée de Mitterrand (envisagé alors près d'Alésia).

Comment arrêter les massacres ? Le 19 avril, nous lançons avec d' autres ONG un comité Solidarités Rwanda-Grands Lacs. À partir de Montpellier, des chercheurs du CIRAD

(Coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) mobilisent toute la communauté scientifique. Nous proposons un appel aux parlementaires, demandant avec insistance une intervention de la communauté internationale; demandant aussi « que les injonctions les plus fermes puissent être adressées aux instances politiques et militaires rwandaises ». Les parlementaires sont peu nombreux à réagir (l). Beaucoup de nos relations politiques sont hésitantes. Elles nous écoutent exposer la tragédie, opinent du chef, puis, lorsque nous nous apprêtons à repartir, avouent leur blocage mental : « Vous avez probablement raison... Mais on ne va quand même pas se laisser marcher sur les pieds par les Anglo-Saxons ! »

La France reste scotchée au Hutu Power. Nous continuons de participer à la mobilisation des ONG françaises, mais celle-ci est rapidement aimantée vers les urgences humanitaires, au détriment de l'urgence politique. Début juin, le mal est déjà presque entièrement accompli, le mal absolu.

Nous voulons réagir vivement à l' attitude de la France. Nous lançons une campagne de cartes postales à destination du Président. Nous multiplions tracts et courriers, jusqu'à faire (p.78)

rendre l'âme à notre photocopieur. Je veux engager une grève de la faim contre la prolongation intolérable de cette politique franco-africaine - « le plus long scandale de la République ", vient d'écrire Jacques Julliard . C'est un choix personnel, mais je suis minoritaire à Survie sur cette façon de réagir. Après de difficiles débats, nous optons pour une marche quotidienne aux Invalides, chaque après-midi, jusqu' au 14 juillet. Elle n'empêchera pas la nébuleuse opération Turquoise.

Un Observatoire permanent de la coopération française (OPCF) venait de se constituer au début de 1994, réunissant une quarantaine d' experts, d' africanistes et de responsables d'ONG. Il me demande de rédiger un rapport sur la politique de la France au Rwanda. J'y passe le milieu de l' été, muni d'une documentation déjà abondante. Le rapport, qui a la taille d'un livre, est diffusé sous forme de polycopié. Le milieu africaniste me fait passer le message : « Ce rapport sauve l'honneur des africanistes. " J' apprécie le compliment. Mais, n'étant pas des leurs, j'eusse préféré que, montant plus hardiment au créneau, les africanistes le sauvent eux-mêmes. La Découverte me propose de faire de ce rapport un ouvrage destiné au grand public. Retravaillé, il sort de l'imprimerie juste avant le Sommet franco-africain de Biarritz, début

novembre 1994 : Complicité de génocide? La politique de la France au Rwanda. Le point d'interrogation est une prudence de l' éditeur. Je le juge pour ma part superflu.

 

Il m'a fallu ajouter un chapitre au rapport initial. Car au long de cet été 1994, il s' est avéré que les horreurs franco-rwandaises n' avaient rien d' accidentel. Loin de tirer les leçons du carnage rwandais, les brillants concepteurs de la politique franco-africaine ont, en toute hâte, revisité leur (p.79) discipline de prédilection : la « géopolitique ». S'inquiétant du « vide » causé par l'effondrement du clan Habyarimana, ils ont multiplié les sollicitations envers le maréchal zaïrois Mobutu, le priant de prendre le relais et « d'étendre son ombre protectrice et pacificatrice sur la région des Grands Lacs ». Celui qui ruinait consciencieusement le Zaïre depuis plusieurs décennies et l'enfonçait dans le chaos, celui qui autorisait le massacre des descendants de Kasaïens au Katanga et des rwandophones au Kivu, redevenait le meilleur champion du combat francophone contre le président ougandais Museveni, qualifié d' «anglo-saxon ». Il fallait montrer à tous les régimes autoritaires africains protégés par des accords de

défense avec la France que la garantie de cette dernière ne s'arrêtait pas à une bavure, fût-elle dantesque.

Simultanément, notre pays vendait aux intégristes soudanais, le même paquet de « services militaires »  qu'à l'ancien régime rwandais, pour permettre à Khartoum de mieux exterminer la résistance sudiste... adossée à l'Ouganda. Et l'on ébauchait une alliance franco-zaïro-soudanaise contre le « diable » ougandais et ses « suppôts » rwandais ou sud-soudanais...

En juin 1994, vers la fin du génocide, le président de la République François Mitterrand, chef des armées, imposa le passage de l'opération Turquoise par le seul Zaïre. Mobutu redevenait incontournable. On pouvait louer son « rôle stabilisateur dans la région » et sa  « fidélité francophone ». Tout cela en connivence avec Jacques Foccart, le revenant gaulliste. Et en parfaite intelligence avec Charles Pasqua. Derrière les oppositions de façade, ce dernier a une conception très mitterrandienne des relations franco-africaines; il y (p.80) ajoute un sens des réseaux  à faire pâlir Foccart. Depuis sa réinstallation au ministère de l'Intérieur, il militait pour la réhabilitation de Mobutu.

Le maréchal mérite bien de Turquoise. Il laisse s'installer sur le territoire zaïrois une impressionnante logistique française, puis compose avec l'exode de plus d'un million de réfugiés, provoqué par son allié le Hutu Power. Celui-ci parvient à transférer au Zaïre20 000 tonnes de café, et les stocke dans des magasins appartenant à la famille Mobutu : un pactole,

estimé à cinquante millions de dollars . Peu importe que la Garde présidentielle et l'année zaïroises continuent leurs divagations anarchiques ou que Mobutu soutienne la perpétuation de l'effroyable guerre civile angolaise : il sera invité au sommet franco-africain de Biarritz.

Entre-temps, la logistique française a pu prendre ses marques et ses aises au Zaïre. Et l'on a préparé la prise en tenailles de l' Ouganda et de ses alliés (le Front patriotique rwandais et la SPLA du Soudanais John Garang) entre le Zaïre et le Soudan. La réelle collaboration entre les services spéciaux de ces deux pays (4) coïncide avec l' aboutissement d'un spectaculaire rapprochement franco-soudanais, piloté par Charles Pasqua .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20:51 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

(suite)

 

 

/CONGO-ZAÏRE, RWANDA/

 

(p.244-245) Dès septembre 1994, un autre journaliste, Simon Malley, avait parfaitement situé les deux variantes du jeu français contre Kigali. Paver la voie de la reconquête du Rwanda par

le Hutu Power, ou s'engager plus concrètement à ses côtés :

« Le problème essentiel en ce qui concerne l'avenir à court et moyen terme de la situation au Rwanda est bien de savoir ce que veut Paris, ce qu'il souhaite, quel jeu il joue. En fait, si la classe politique actuellement au pouvoir est divisée, ses objectifs sont identiques. Une forte tendance se dessine en faveur d'un pourrissement maximum de la situation rwandaise. Cela permettrait le retour des forces de l'ancien gouvernement et un partage du pouvoir sous une

forme ou une autre [.../, éventualité que rejettent catégoriquement les dirigeants hutus et tutsis du FPR, qui ne sauraient cohabiter avec les massacreurs d'un million de Rwandais.

« Une autre tendance, encore plus radicale, pense que le gouvernement devrait considérer le Zaïre comme base arrière permettant aux FAR de se réorganiser, de s'entraîner avec le concours de la garde présidentielle de Mobutu (et, pourquoi pas, avec des instructeurs français), de s'armer et de se refinancer afin d'envahir le Rwanda ou de provoquer les forces du FPR, de telle sorte qu'une riposte de ces dernières contre les bases des FAR au Zaïre pourrait ouvrir la voie à une reconquête du pouvoir à Kigali par les FAR et leurs alliés. Les milliards de francs qu'un tel plan pourrait coûter ne seraient-ils pas compensés par le retour du

Rwanda dans le giron français  ? »

 

Paris a effectivement oscillé entre les deux attitudes : tout en misant sur le pourrissement de la situation provoqué par la présence d'un million de réfugiés partiellement militarisés aux portes du Rwanda, la France a aidé indirectement le Hutu Power, par Mobutu interposé - certains réseaux n'hésitant pas à l'aider plus directement. Le rapport publié en mai 1995 par Human Rights Watch (HRW)  était déjà édifiant. L'engagement franco-zaïrois aux côtés du Hutu Power ne (p.246) s'est pas arrêté aux livraisons françaises d'artillerie, de mitrailleuses, de fusils d'assaut et de munitions aux génocideurs en action, en mai-juin 1994 :

« Pendant la durée de l'opération Turquoise [23 juin-22 août 1994], les FAR ont continué de recevoir des armes à l'intérieur de la zone sous contrôle français, via l'aéroport de Goma. Des soldats zaïrois, alors déployés à Goma, ont aidé au transfert de ces armes par-delà la frontière. [...] « Les forces françaises ont laissé derrière elles au moins une cache d'armes dans la ville rwandaise de Kamembé, dans la zone [Turquoise] [...]. « Selon des officiels de l'ONU, les militaires français ont emmené par avion des chefs militaires de premier plan, dont le colonel Théoneste Bagosora et le chef des milices Interahamwe Jean-Baptiste Gatete, ainsi que des troupes d'élite des ex-FAR et des milices : une série de vols au départ de Goma les a menés vers des destinations non identifiées, entre juillet et septembre 1994.

« Selon des témoignages recueillis par HRW, des militaires et des miliciens hutus ont continué de recevoir un entraînement militaire dans une base militaire française en Centrafrique après la défaite des FAR. HRW a appris de leaders hutus qu' au moins en une occasion, entre le 16 et le 18 octobre 1994, des membres des milices rwandaises et burundaises ont voyagé sur un vol d' Air-Cameroun de Nairobi à Bangui, capitale de la Centrafrique (via Douala au Cameroun), pour y être entraînés par des militaires français. [...]

« Des compagnies d'avions-cargos [...], enregistrées ou basées au Zaïre, ont transporté la plupart des armes fournies secrètement [.../. Ces compagnies opèrent sous contrat avec

des officiels du gouvernement zaïrois et des officiers de haut rang des FAZ (Forces armées zaïroises), habituellement (p.247) alliés au président Mobutu. Elles ont transporté les armes de

plusieurs points d'Europe ou d' Afrique . »

 

Amnesty International a confirmé la poursuite des livraisons d'armes au Hutu Power, via Goma" une fois par semaine  - les mardi à 23 h locales [...], jusqu'à la mi-mai 1995". En  janvier et juin 1996, deux avions-cargos russes, trop lourdement chargés, se sont écrasés au décollage de Kinshasa : ils participaient à la livraison de matériel militaire . Pour les  enquêteurs des Nations unies, l'aéroport de Kinshasa était la « plate-forme " de l'approvisionnement en armes des ex-FAR, organisé à partir du Kenya .

De plus, l' ex-armée d'Habyarimana gardait la disposition d'une partie des armements (blindés AML 60 et AML 90, véhicules dotés de mortiers de 120 millimètres, armes anti-aériennes, lance-roquettes, obusiers, camions militaires,.etc.) que les forces françaises de Turquoise leur avaient permis de sortir du Rwanda  (l'autre partie a été revendue par des officiers zaïrois).

 

(p.248) La France a conservé des contacts avec le général Augustin Bizimungu, le chef d'état-major - inchangé - des ex-FAR.

Selon plusieurs diplomates, il a été reçu à Paris début septembre 19951. Un vice-consul honoraire français l'aurait encore rencontré vers la fin de l'été 1996, au camp de réfugiés de Mugunga .

C'est là que seront retrouvées, dans un bus, les archives de l'état-major du Hutu Power. On y a découvert des factures et bordereaux de livraison de l'entreprise Luchaire - une filiale du groupe public français GIAT. Selon l'institut anversois Ipis, la Fabrique nationale belge d'Herstal aurait livré quelque  500 kalachnikovs chinoises et roumaines aux ex-FAR. Son actionnaire majoritaire n'est autre que le GIAT...

L'avalanche d'informations et de présomptions devenait telle, en novembre 1996, que Le Monde n'y tint plus. Soutenant alors fortement le projet français d'une intervention

militaire internationale, il crut bon de préciser dans un éditorial. « La France doit [...] diligenter une enquête pour dissiper enfin les graves soupçons pesant sur elle. C'est à ce prix qu'elle peut prétendre intervenir à nouveau en toute neutralité dans la région des Grands Lacs. » Ce prix n' a pas été payé. Le réarmement dans les camps de réfugiés rwandais du Kivu a permis de rendre opérationnels au moins dix-sept mille hommes, sous le commandement des généraux Augustin Bizimungu et Gratien Kabiligi : une machine à bouffer du Tutsi. Mi-mars 1997, ces tirailleurs de la Françafrique seront six mille à se battre en première ligne pour la défense de Kisangani .

(p.249) Après son élection en mai 1995, Jacques Chirac avait tergiversé sur la conduite à tenir dans la région des Grands Lacs africains : le temps qu'en matière de relations franco-africaines la ligne Foccart balaye la ligne réformatrice d' Alain Juppé . C'est fait en juillet 1995. Jacques Chirac choisit, en Afrique centrale, de chausser les bottes de son prédécesseur, astiquées par la hiérarchie militaire. De même, il laisse le lobby militaro-africaniste continuer de choyer la junte soudanaise, après une velléité de prise de distance . L'alliance France-Zaïre-Soudan-Hutu Power peut donc prospérer. Le régime islamiste de Khartoum affiche sa

volonté d' expansion en direction des réfugiés rwandais, venus d'un pays où la population musulmane a nettement augmenté depuis un siècle. Dès la fin de l'été 1994, Mobutu avait autorisé l'organisation caritative soudanaise, Dawa Islamyia, proche du Front national islamique soudanais (FNI), à financer l' envoi d'une équipe médicale dans les camps de réfugiés du Kivu. Un coup de sonde, sans doute...

 

 

 

 

 

20:47 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

(suite)

07/

1995

Bosnie

génocide

Bosnie / Srebrenica était bien un génocide, selon le TPI, LB 20/04/04

La chambre du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a confirmé pour la première fois de manière définitive, qu’un génocide avait effectivement eu lieu à Srebrenica, où plus de 7000 Musulmans ont été tués par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995.

 

Pays-Bas / Rapport Srebrenica - Le général Janvier en prend pour son grade, LB 28/01/03
Un rapport parlementaire néerlandais épingle la responsabilité du commandant de l'ONU dans Srebrenica.
En effet, il n'avait pas autorisé à temps des frappes aériennes contre les
Serbes de Bosnie à Srebrenica en 1995. Plus, de 7000 musulmans avaient péri après l'entrée des forces serbo-bosniaques dans la ville en juillet de cette année.

Simons Marlise, France examines its role in run-up to Srebrenica, International Herald Tribune, 12/12/00   

Doctors question blocking of NATO air strikes

Fall of the Bosnian town of Srebrenica to the Serbs in July 1995, and the subsequent massacre by the Serbs of thousands of Muslims. (more then 7,000 men)

For the first time, the role of the French government and a French general who in 1995 commanded the UN peacekeepers in former Yugoslavia is to be closely scrutinized.

Médecins sans frontières, a doctors organization created by the French but now international, lost 22 people who worked for the doctors, who are missing and were presumably killed. The bodies of only two have been found.

« The medical group and others who have supported the inquiry say that they want answers to a number of questions and assertions raised in newspapers and documentaries outside France about meetings that General Janvier held in late spring and early summer of 1995 withthe Bosnian Serb commander, General Ratko Mladic, who has been indicted for war crimes. They also want to address allegations that President Jacques Chirac of France ordered GeneralJanvier to hold off on air strikes.

Several news reports - consistently denied by French officials - have alleged that Mr Chirac had promised that air srikes would be halted in exchange for the Serbs releasing hundreds of UN peacekeepers that were taken hostage bythe Bosnian Serbs after NATO launched air srikes against Bosnian Serb targets in May 1995.

(...) In the Netherlands, which feels a near-national shame about the rôle of its soldiers, (...) the government has now ordered a formal investigation of the Srbrenica events to be carried out by the national institute for war documentation (...). »

 

Ex-Yougoslavie, Pas d‘officier français à La Haye, LB 9/12/97

Aucun officier ne témoignera autrement que par écrit au Tribunal Pénal international (TPI) de la Haye chargé de juger les criminels de guerre en ex-Yougoslavie, a déclaré lundi à Paris le ministre de la Défense, Alain Richard.

... La France est le seul pays européen qui refuse ouvertement de laisser ses militaires témoigner à La Haye.  Or plusieurs organisations internationales demandent que le général Bernard Janvier s’exprime sur ce qui s’est passé à Srebrenica.

 

Ch. Ly, Un officier français accusé d’avoir informé Karadzic, LB 24/4/98

Hervé Goumelon était porte-parole mais aussi agent de renseignement à Sarajevo, comme beaucoup d’autres.

Le “Washington post” accuse Gourmelon, un officier français, d’avoir donné à radovan Karadzic des indications sur des opérations que l’OTAN préparait pour l’arrêter.

 

Sur ordre de Chirac, le général français Janvier, commandant de la région de Srebrenica au moment où cette ville était menacée par les Serbes, interrompit la couverture aérienne de la localité.  Chirac a permis aux Serbes de la prendre sans coup férir.

Il s’est montré ainsi complice de l’assassinat de 10.000 hommes.

heureusement, le Parlement hollandais insiste, malgré le véto français aux Nations Unies, pour qu’une enquête ait lieu.

 

L’espion pro-serbe affaiblit la France à l’Otan, LB 4/11/98

Le commandant de l’armée de terre française, Piere Bunel, chef de cabinet du général commandant la représentation française auprès de l’Otan, a été mis en examen samedi à Paris pour ‘intelligence’ avec les Serbes de Yougoslavie.  L’officier est soupçonné avoir remis des documents classés secret-défense sur les sites militaires yougoslaves qui auraient été les cibles de frappes aériennes de l’Otan si les forces serbes ne s’étaient pas retirées du Kosovo au moment du dernier ultimatum le 27 octobre.  Pierre Bunel a reconnu les faits. 

La presse américaine avait stigmatisé en avril le rôle en Bosnie d’un autre officier français, Hervé Gourmelon, qui aurait empêché l’arrestation du criminel de guerre Radovan Karadzic.

 

Verschave François-Xavier, Noir silence / Qui arrêtera la Françafrique ?, éd. Les Arènes, 2000

(p.368) L'Etat-major est d'autant plus remonté contre la perspective d'une justice internationale qu'il est atteint, collectivement, du "syndrome Janvier". Selon plusieurs sources (3), le général Janvier, commandant des forces de l' ONU en ex-Yougoslavie, aurait reçu par téléphone de  Jacques Chirac, le 10 juillet 1995, l'injonction de "différer d'une journée des frappes aériennes » sur les troupes du général bosno-serbe Mladic qui assaillaient l'enclave de Srebrenica. Durant ce délai, Srebrenica tombait, et Mladic ordonnait un crime contre l'humanité.

 

(p.369) Ce refus des frappes aériennes faisait très probablement partie du deal négocié au nom de Jacques Chirac par Jean-Charles Marchiani, en vue de la libération de deux pilotes français 1. Mais c' est au général Janvier qu' on a fait porter le chapeau 2. Lui-même et l' armée ne

l'ont pas admis. Les demandes réitérées de témoignages d'officiers français devant le Tribunal pénal international pour l' ex-Yougoslavie - avec en perspective d' autres auditions sur le Rwanda (3) - ne les ont pas calmés (4). D'autant qu'apparaît clairement, dans la non-assistance

à Srebrenica, une responsabilité politique : celle d'une autorité constitutionnellement "irresponsable", le président de la République. On conçoit que celui-ci partage avec l'état-major la même phobie de la CPI.

 

 

 

20:44 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

(suite)

1998-1999

Congo-Brazzaville

 

 

 Verschave François-Xavier, Noir silence / Qui arrêtera la Françafrique ?, éd. Les Arènes, 2000

(p.10) (…) le redoublement en 1998-1999 des pratiques les plus honteuses de la Françafrique, camouflées par un discours de « non-ingérence » (au Congo-Brazzaville, en Guinée-Bissau, au Sierra Leone, au Tchad, à Djibouti, en Guinée, au Gabon, etc.), ne pouvait être laissé dans 1'ombre. Rien que l'engagement français à Brazzaville - auprès d'un dictateur qui, tel Milosevic ou les généraux indonésiens, pousse ses soudards et miliciens aux crimes contre l'humanité -  nécessitait un vif éclairage. Il fallait débusquer un mélange insupportable de non-information et de désinformation. La Françafrique, ce n' est pas, comme d' aucuns veulent le faire croire, de l'histoire ancienne : ses agressions continuent, son oppression se renouvelle.

 

CONGO-BRAZZAVILLE

NETTOYER LES QUARTIERS SUD

 

(p.17) Ce 18 décembre 1998, les coups de feu sont de plus en plus proches et répétitifs. (…) 11 heures 30 minutes, les fameux Ninjas ont envahi sans problème tout Bacongo.

(p.18) C' est à partir du dimanche 20 décembre que commencent

les exécutions sommaires. "

Dès lors, c'est l'horreur - [...] Un ratissage systématique avait été officiellement ordonné et annoncé par les autorités gouvernementales. [...] L'opération s'est révélée être un massacre à grande

échelle, délibéré et méthodique des civils non armés de ces

quartiers soupçonnés de sympathie à l'égard des Ninjas. [...]

 

(p.19)  Le bilan des massacres de décembre 1998 à Brazzaville est contro versé. Très informée sur le Congo-Brazza, la Cimade parle de

 25 000 morts. L' opposition, qui a avancé des chiffres plus élevés,

signale qu'une pelle mécanique a été utilisée sans arrêt pendant près

 de sept semaines pour enfouir les cadavres et que, jusqu' au 31 janvier

 1999, les quartiers de Bacongo et Makélékélé ont été interdits à la

 Croix-Rouge internationale . Arrivés en France, des réfugiés décla-

 rent avoir vu des camions chargés de cadavres circuler par la rue

 Trois-Francs, à Brazzaville, pour aller les jeter dans un bras du fleuve Congo.

 

 

20:43 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

(suite)

20e-21e siècles

France

amiante

Delattre Bernard, France / Un pays rongé par le fléau de l’amiante, LB 13/01/05

Le bilan attendu d’ici vingt ans est effarant : 100 000 morts au minimum.

Le site parisen de Jussieu avec les universités de Paris VI et Paris VII, soit 50.000 étudiants, est contaminé par l’amiante.

A ce jour, une centaine de personnes y ayant travaillé ont développé des maladies liées à l’asbeste, et une dizaine en sont décédées. (…)

Alors que des milliers d’étudiants, de checheurs et de professseurs ont dû être déménagés, des milliers d’autres demeurent sur le site dans des conditions discutables : la justice et l’Etat ont reconnu que la réglementation en matière de sécurité incendie n’y était plus respectée .

Mais le dossier de l’amiante en France, hélas, dépasse largement le seul cas de Jussieu.

Partant, des dizaines d’entreprises (EDF, la SNCF, les Chantiers de l’Atlantique, Saint-Gobain, etc.) ont été condamnés pour défaut de prévoyance ou faute inexcusable. (…)

Témoin, ces « Folles de Dunkerque », qui, comme les « Folles de la place de Mai » en Argentine, manifestent tous les mercredis en brandissant les portraits de leurs proches décédés de l’amiante.

Si le fléau de l’asbeste est si répandu en France, c’est parce que ce pays, à l’inverse de tous ces voisins, a attendu jusqu’en 1997 pour interdire ce matériau. Des études ont montré qu’un travailleur su trois en moyenne a été exposé à ce produit dangereux au cors de sa carrière, souvent pendant des périodes allant de quinze à vingt ans. Résultat : les maladies liées à l’asbeste sont en explosion. Elles font aujourd’hui entre 2000 et 3000 morts chaque année, et l’on s’attend à ce qu’elles causent entre 5000 et 10 000 décès annuels prochainement. (…)

Et encore s’agit-il d’inspectinos minimales : selon l’insection du travail, les trois quarts des chantiers de désamiantage en cous enfreignent la réglementation en matière de protection des travailleurs. Et compromettent dès lors de nouvelles vies. Un scandale politico-sanitaire d’ampleur donc, sans commune mesure avec celui – pourtant déjà retentissant – du sang contaminé, qui fit 600 morts dans les années 80.

 

20:43 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Remarques

Verschave François-Xavier, La Françafrique, Le plus long scandale de la République, éd. Stock, 1999

 

 (p.267) Du côté des militaires, l' amiral Antoine Sanguinetti rappelle la persistance dans l'armée française d'une vigoureuse tradition d' extrême-droite, marquée par la colonisation et l'insurrection de l'OAS (Organisation de l' armée secrète) contre l'indépendance de l' Algérie . Elle influe dans la formation des cadres militaires africains francophones (47 000) depuis 1960). Cette chapelle reste en mesure « de contrôler la coopération militaire, et d'occuper, pour le compte de l'Élysée - en l'adaptant à ses propres concepts – une position stratégique sur le continent africain. »

 

Le témoignage suivant n'est pas étranger à l'affaire. Il vient d'un membre repenti du DPS (Département protection-sécurité), le service d' ordre du FN, surnommé la « petite légion "

de Le Pen :

(p.270) « Je vote FN depuis longtemps. Je n'avais pas de boulot. [.../ Comme j'ai servi dans l'armée, on m'a intégré dans un groupe un peu spécial : une équipe légère d'intervention

[.../, 25 types, tous des anciens bérets rouges ou bérets verts, c'est-à-dire anciens paras ou légionnaires. [.../ La  plupart ont participé à des conflits, au Tchad, au Centrafrique ou au Liban. [...] Entre nous, on s'amuse à se surnommer les "Pompiers du Reich" et on se salue par de petits "Sieg Heil!" .»

 

(p.300)  La vieille garde françafricaine est là, ou de retour, avec ses entourages insatiables : le Gabonais Omar Bongo, le Togolais Gnassingbe Eyadéma, le Camerounais Paul Biya, l'Ivoirien Henri Konan-Bédié, le Sénégalais Abdou Diouf, le Mauritanien Maaouya Ould Taya, l'Équato-Guinéen Teodoro Obiang, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Béninois Mathieu Kerekou, le Malgache Didier Ratsiraka, le Djiboutien Hassan Gouled, le Comorien Mohamed Taki, le Marocain Hassan II, le Tunisien Ali Ben Ali, l'Égyptien Hosni Moubarak. Au coeur du Sahel, lajeune garde des généraux monte au créneau : le Burkinabé Blaise Compaoré, le Nigérien Ibrahim Baré Maïnassara, le Tchadien Idriss Déby. Le Nigérian Sani Abacha est aussi preneur de relations françafricaines, comme l' Angolais Josué Eduardo Dos Santos, le Kényan Daniel Arap Moï, le tandem soudanais Béchir-Tourabi et les généraux algériens, sans parler du Libérien Charles Taylor. On en passe…

 

 

 

 

20:42 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |