17/09/2010

(suite)

fin 18e

 

France

Révolution Française

QUE FETEZ-VOUS LA? - Christophe Buffin

 

Certains milieux se tâtent, d'autres s'excitent; d'autres encore ont preparé leur coup depuis longtemps. Quant à nous, notre décision est bien entendu: nous ne fêterons pas 1789. Non seulement cela, mais nous ns voulons pas tolérer qu'on fête la Révolution française et nous le ferons savoir à ceux qui aurait la sotte idée de commémorer cette sotte révolution.  L'événement, tout d'abord, est français et, par conséquent, ne doit pas être commémoré en Belgique; s'il est devenu un phénomène européen, il n'en trouve pas davantage de raisons d'être célébré par nous , puisque nous en sommes les adversaires résolus.  Qui, du reste, serait assez inhumain pour accorder sa sympathie à cette longue série de massacres qui illustra la période révolutionnaire?  Des milliers de déportés et de guillotinés pour la réalisation implacable d’idéaux que des ignorants avaient été cherché entre autre chez les Spartiates: l'élimination des marginaux et des plus faibles... C' est l'occasion de montrer que la noblesse et le haut clergé ne furent pas les seules victimes des “Massacres de Septembre ", mais au contraire toutes les couches de la population, jusqu'aux révolutionnaires eux-mêmes par un juste retour du sort.  La Convention, quant à elle, décida froidement le génocide des Vendéens qui se solda par l' exécution de trois à quatre cent mille personnes et qui fut accompagné par d’étranges innovations comme la création de fonderies de graisse humaine et de tanneries de peaux de la même origine, sans parler des bateaux à fond percé uti1isés par Carrier pour les noyades de Nantes.  Cela n’étant bien sûr que pour la France, car la Révolution, avec ses agréments, a été exportée dans toute l'Europe par ses soldats surtout connus pour leur sauvagerie sanguinaire - les moins sauvages d’entre eux devinrent maréchaux d'empire.  Il est difficile d'évaluer dès lors les dégats tant humains que matériels qu'a causé cette révolution qui, pour subsister en France, devait être imposée à toute l'Europe.  Aucun pays où les républicains, puis impériaux français trainèrent leur sale drapeau n’a été épargné. En Belgique, alors Pays-Bas autrichiens, combien de villages ravagése, de populations décimées, massacrées!  Combien de monastères incendiés, pillés, vendus à la pièce, sans oublier la cathédrale de Liège démontée pierre par pierre.  Le joug français pesa lourd par sa conscription obligatoire contre laquelle se sont révoltés, avec des moyens rudimentaires, les paysans de Campine et des Ardennes; cette révolte a été écrasée dans le sang.  Dans la forêt de Soigne, Charles de Loupoigne organisa une résistance audacieuse qui suscita un nouvel espoir; il fut trahi, assassiné et on exposa sa tête à Bruxelles pour décourager les gens. Il faut avoir le goût du sang pour fêter cette révolution.

D'autres diront qu'ils ne célèbrent pas la Révolution Française pour ses massacres mais pour l'idéal de liberté qu’elle a apporté au monde avec ses droits de l'homme, ses constitutions, etc. Parlons-en! Comme toujours, ce sont qui réclament la liberté avec plus de violence qui ont des idées totalitaires derrière la tête.  La doctrine de Jean-Jacques Rousseau dont s’inspirèrent largement les Jacobins, ne pouvait avoir d’autres conséquences que le totalitarisme brutal que l'on a connu.

C'est eux qui, au nom d'une liberté toute théorique, instaurèrent la toute puissance de l’Etat dont nous souffrons aujourd’hui encore. C'est eux qui supprimèrent les communautés naturelles et intermédiaires qui existaient sous l'Ancien Régime entre les pouvoirs et les sujets, et ce afin de déraciner les hommes et de les placer seuls, individus sans défense, face à l'Etat.  La suppression des corporations et de la liberté d’association des ouvriers décrétée par les lois Le Chapelier et Allarde n'en est-elle pas la parfaite illustration? Cela fit dire à Marx dans son manifeste du parti communiste, que "toutes les libertés si chèrement acquises furent impitoyablement détruites”.  Qui peut encore nier que c'est bien la Révolution française qui a ouvert la vanne du totalitarisme quand Lénine, Trotsky, Hitler, Staline et Mao s'en sont réclamés?  Fêter la Révolution française équivaudrait à applaudir aux millions de victimes du stalinisme et du nazisme.  La liberté, l'égalité, la fraternité n'ont été pour tant de totalitaires que les gants qu'ils enfilaient pour mieux étrangler leur semblable.

CHRISTOPHE BUFFlN

 

LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE !

Paroles vaines, funestee mêmes depuis qu'elles sont devenues politiques; car la politique en a fait trois mensonges.

Louis VEUILLOT.

 

 

 

 

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fin 18e

Belgique

Clio, La vérité sur la révolution française en Belgique, PP? 8/12/88, p.67-74

 

(p.67) “Jamais, dans l’Histoire, le pillage systématique de notre patrie ne fut mieux organisé qu’au nom de la Fraternité, de l’Egalité et de la Liberté.”

“Les années 1793-1799 furent parmi les plus sombres de notre passé.”

(p.68) “En réalité, la Belgique n’avait nul besoin de la Révolution française mais la France de cette époque avait, elle, grand besoin de notre pays dont les richesses la fascinaient.”

3 textes à l’appui: notamment:

celui de Lazare Carnot: “Tout ce qui se trouvera en Belgique doit être amené en France.  Il faut dépouiller le pays.”

Ces propos de Cambron à Dumouriez: “Quand on aura ruiné les Belges, quand on les aura mis au même point de détresse que les Français, ils s’associeront nécessairement à leur sort.  Alors, on les admettra comme membres de la République.”

18e fin

30/10/1798

Luxembourg

Luxembourg : massacres à Clervaux des résistants luxembourgeois (Klöppelarmee) par l’armée française

Jo. Lu., « De Schéifer Misch van Asselburen », Lux. Wort, 02/10/02

Ein Symbol für den Widerstand gegenüber einer Grossmacht

Der „Klëppelkrich“ ist bisher der einzige Massenaufstand in der Geschichte Luxemburgs.

Eine tragische Rolle bei diesem solidarischen Bauernaufstand spielte der Schäfer Michel Pintz, der im Alter von 25 Jahren durch die Guillotine hingerichtet wurde und als „Schéifer Misch van Asselburen“ in die nationale Geschichte einging.

Am 30. Oktober 1798 war es in Clerf zu heftigen Kämpfen zwischen Angehörigen der so genannten Klöppelarmee und regulären französischen Truppen gekommen.

18e

1798

Belgique

Vik Eggermont, DE BOERENKRIJG, in: L’ Accent-Kenmerk, nov. 1998, p.20-24

La Guerre des Paysans

 

La Guerre des Paysans fut un échec. Elle dura à peine deux mois et exigea 15.000 morts. Les ruines s'accumulaient dans divers villages et cités du pays. Des milliers de prisonniers, des centaines de prêtres relégués aux îles de Ré ou d'Oléron en attendant leur déportation vers l'enfer de la Guyane. Pourquoi cette "insurrection de l'an VII" comme l'appelaient les révolutionnaires français? Le régime français imposait trop d'obligations et de réformes à la fois. Il y avait en plus la confiscation des vivres par les militaires qui payaient en assignats sans valeur, la fiscalité écrasante et la question religieuse. Enfin, la loi introduisant le service militaire obligatoire fit déborder la coupe.

 

 

 

 

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18e-20e

Cayenne

en 100 ans à Cayenne : 76 000 bagnards (= popote (en créole)): 2 % ont survécu

19e

Françafrique

Algérie, ...

G. Deneux, in : CARREFOUR 21 – janv.2001

Cette domination coloniale, contrairement à ce que veulent faire croire les manuels scolaires, ne s’est pas réalisée sans " dommages ", sans le recours à la terreur et aux massacres de masse. Quelques exemples suffiront pour en montrer l’ampleur.

En Algérie, au terme d’une " pacification " terroriste qui a duré un-demi siècle, la population autochtone évaluée en 1830 à 3 millions de personnes, n’était plus que 2,3 millions en 1856. Les "enfumades" furent critiquées par quelques rares députés en 1845, mais pour des raisons bien éloignées de l’humanisme civilisateur prôné en d’autres circonstances. Ils émettaient surtout des réserves parce que ces pratiques, qu’ils n’osaient qualifier de barbares, étaient susceptibles de nuire au moral des vaillants soldats conquérants et, qui plus est, de troubler l’image de la grandeur de la France à l’étranger. Mais au fait, en quoi consistait cette fameuse tactique guerrière que l’on n’osait évoquer en termes explicites ? Ce qui arriva en 1845, à la tribu de Ouled Riah, qui refusait la domination coloniale, permet de cerner le sort réservé à ceux qui n’acceptaient pas les apports de la civilisation occidentale. Pour échapper aux troupes françaises, cette tribu se réfugia dans les grottes avec ses troupeaux. Le colonel Pelissier fit dresser d’immenses bûchers à l’entrée des grottes, et, de cette manière, anéantit l’ennemi, par l’asphyxie " d’environ " un millier de personnes. On ne prit pas la peine de dénombrer les femmes et les enfants, ni les animaux, et l’histoire ne nous dit pas si le colonel fut décoré pour ce haut fait d’armes.

(…)

Ceux qui, comme en France, se glorifient d’avoir libéré leur pays de l’occupation étrangère, vont faire preuve d’une "fascinante schizophrénie" en organisant, face aux mouvements de libération nationale, de sanglantes répressions. Les massacres commencent à Sétif en 1945, se poursuivent en 1947 à Madagascar et les milliers de morts d’Indochine et d’Algérie sont autant de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité. (…) Au delà des exactions, des morts, des mutilés et du recours à l’usage généralisé de la torture en Algérie, de 1954 à 1962, les viols (7) massifs de femmes, surtout dans les campagnes, étaient considérés comme le nécessaire au réconfort barbare de la soldatesque. " Cela faisait partie de nos avantages et était, en quelque sorte, considéré comme un dû ". Ces défoulements visaient, en fait, au delà des traumatismes, de la terreur et de l’horreur, la destruction psychologique de l’être laissé en vie. 9 femmes sur 10, interrogées par l’armée française, furent violées.

(…)

Comme le souligne, à sa manière, François Xavier Verschave (11), ces violences terroristes n’ont qu’un sens, maintenir la domination de puissances impériales. Comme il fallait se résigner à accorder l’indépendance des peuples, autant l’octroyer formellement pour maintenir la dépendance par corruption interposée des élites locales. A cet égard, le cas de la Françafrique est un cas d’école.

Lorsqu’en 1960, De Gaulle, à grands renforts de gestes magnanimes, accorde l’indépendance aux colonies, il charge son ami Foccart et ses réseaux de maintenir la dépendance ! Dans l’ombre, commence dès lors, une ère nouvelle où les moyens illégaux, occultes, inavouables, secrets, sont utilisés pour sélectionner les chefs d’Etats africains, amis de la France, pour soutenir des dictatures corrompues, organiser assassinats et fraudes électorales. Lorsque les coups fourrés ne suffisent pas, on passe à la guerre non déclarée ( 100 000 civils massacrés au Cameroun, puis au Biafra, aux deux Congo, au Tchad …). Assurés de la protection de bases militaires françaises, les gardiens de l’ordre néo-colonial, surveillés par les services secrets de la métropole, organisent avec leur tuteur, le partage de la rente des matières premières et le pillage des richesses locales. Elf joue, à cet égard, un rôle majeur dans le dispositif, tout comme le franc CFA. Mais, à la raison d’Etat " foccartienne " va se substituer, dès la venue de Giscard d’Estaing au pouvoir, la mise en œuvre de réseaux concurrents.

L’Etat UDR se délite, des filières privatisées vont s’affronter ; les frères et neveux de Giscard vont côtoyer les fils des Pasqua et Mitterrand. Les financements occultes des Partis et les enrichissements privés à bon compte en valent la peine, d’autant que les paradis fiscaux et autres sociétés-écrans facilitent la tâche de ces personnages.

Rien d’étonnant, dès lors, que les représentants de l’Etat français s’entourent d’aéropages sulfureux ; Tarallo, Sirven, Michel Roussin, Bouygues, Dumez, Elf, Robert Feliciaggi, empereur des jeux, Etienne Léandri qui, collaborateur notoire de la Gestapo, s’est recyclé dans le SAC de son compatriote corse Charles Pasqua, avant de devenir marchand d’armes (Société Tradinco). Ce dernier est d’ailleurs devenu l’ami du milliardaire irako-britannique Nadhmi Auchi. Rien ne manque dans l’arsenal du racket et des coups tordus : trucage des marchés publics, pétrole gagé, filière du diamant. Ces voyous de haut vol alimentent et attisent les guerres, soutenant parfois et en même temps, des camps opposés (Angola, Congo Brazzaville…) à grands renforts de livraisons d’armes et de prêts de vrais-faux conseillers militaires. Cette " maffiafrique " est certainement plus dangereuse que les petits malfrats de banlieue … Mais, elle ne fait pas l’objet de l’attention des médias, et surtout, elle évolue dans des milieux nageant dans des eaux grasses. Pour illustration, il suffit d’évoquer le montant d’une des commissions touchée par l’affairiste proche de la DST et des services secrets russe et israélien, M. Arcadi Gaïdamak, puisqu’il s’agit de lui. Pour avoir facilité la livraison d’armes à l’Angola, après signature avec l’entreprise publique SIMPORTEX, il a pu empocher pour ses frais … 135 milliards de dollars . La République a de ces largesses …

bien évidemment par le développement d’épidémies et la baisse générale des taux de scolarisation. (…)

 

 

 

 

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1802

Haïti

Haïti : rétablissement de l' esclavage: des milliers de morts.

 

 

 

 

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18e-19e

Napoléon

Henri Guillemin, Napoléon tel quel, 1969, Ed. de Trévise, Paris.

NAPOLEON : MISE AU POINT

 

NAPOLEON EN ITALIE

Le 21, un nouveau représentant, Turreau, avait été désigné pour les fonctions de commissaire auprès de l'armée d'Italie. Turreau vient de se marier et cette nomination lui permet d'offrir à sa jeune épouse (Félicité, 24 ans) un voyage de noces sur la Côte d'Azur.  Il arrive, et Bonaparte entreprend aussitôt auprès de Mme Turreau la campagne séductrice - à l'intention du mari - qu'il a déjà menée auprès de Mmes Carteaux et Ricord et qu'il reprendra plus tard auprès de Mme Carnot.  On ne se battait plus, sur les Alpes, et la charmante jeune femme s'en désolait, elle qui s'était attendue, frétillante, à voir (de loin) « parler la poudre ».  Afin de calmer sa déception, Bonaparte organise pour elle un petit spectacle de massacre. « Il en coûta la vie à quatre ou cinq soldats », pas plus, racontera-t-il, bonhomme, à Bertrand, au mois d'octobre 1818. (id., p.38)

 

A Pavie, se sont réfugiés dix mille paysans fuyant les horreurs de la conquête. Ils font mine de créer là une résistance; charges de cavalerie; le canon tire à mitraille dans les rues.  La troupe demande qu'on lui livre la ville.  Accordé. Douze heures pour la mise à sac.  Avis du 28 mai: «Tout village où sonnera le tocsin sera, sur-le-champ, incendié».  Massacres à Faenza, à Imola, à Vérone.  Bien sûr que les envahisseurs trouvent des collaborations.  Mais Bonaparte sait à quoi s'en tenir.  Lettres à Paris des 26 septembre et 10 octobre 1797: «Ces peuples nous haïssent» ; «qu'on ne s' exagère pas l'influence des prétendus patriotes piémontais, cisalpins, gênois; si nous leur retirions, d'un coup de sifflet, notre appui militaire, ils seraient tous égorgés ». (id., p.50)

 

NAPOLEON EN EGYPTE

Il a maté les Egyptiens par les moyens usuels: bombardement de la mosquée du Caire, exécutions persuasives en série (parfois seulement « pour avoir mal parlé des Français»), répression foudroyante d'un mouvement de fellahs. (id., p. 57)

Il y a l'incident de route, près de Jaffa (...), des deux mille prisonniers que Bonaparte, plutôt que de les nourrir - on ne va surtout pas les relâcher ! - trouve plus commode de faire exterminer, dans les dunes, à l'arme blanche, afin d'économiser les munitions; et il y aura, au retour, encore à Jaffa, l'autre incident: les pestiférés.  Les dévots de Napoléon ont longtemps maintenu la légende - et la peinture officielle s'en est mêlée - du général au grand coeur, touchant sans effroi les bubons de ses soldats mourants.  Et que de cris pour protester contre l'infamie calomniatrice de la rumeur: mais non, Bonaparte n'a pas " touché les bubons » ; il les a fait tuer, ses malades! (id., p.61)

 

NAPOLEON ET SES SOLDATS

Mais un million d'hommes, par sa grâce, mourront d'une autre manière, dans les carnages de sa « gloire”. (id., p.124)

«L'épopée » napoléonienne, gluante de sang, ne revêt toute sa dimension que si des chiffres l'accompagnent.  Austerlitz? 23 000 morts; mais, quand on a le coeur bien placé, les cadavres d'Austerlitz disparaissent dans le soleil du même nom.  Eylau?

50 000 hommes tombent.  Wagram ?  Napoléon y bat son propre record (55 000 tués), qu'il surpassera à Borodino, gala qui coûte aux deux armées quelque 80 000 soldats. Sur les services sanitaires dans l'armée impériale, il faut lire le journal du chirurgien Percy: le matériel est dérisoire, le personnel presque inexistant; les amputations se pratiquent sans anesthésie; la gangrène s'installe; le blessé grave, dans la Grande Armée, est un condamné à mort; Napoléon a interdit, du reste, de relever, pendant l'action, les hommes qui s'écroulent; il se méfie des déserteurs, dont le nombre se multiplie. (p.126)

La France, dit Napoléon Bonaparte, est « un nid de soldats », de soldats gratuits.  Que pèse la vie de ces “c. » (encore un mot censuré, du vocabulaire de l'empereur)? (p.130) 

 

Georges Blond, La Grande Armée, 1804-1815, éd. Laffont

 

NAPOLEON EN ESPAGNE

Insurrection à Madrid à l’annonce de la tentative par les Français d’emmener l’infant don Francisco à Bayonne

Murat dirige ses troupes depuis la porte San Vicente, dans le prolongement du palais royal. Quatre colonnes françaises venant des portes s'avancent en convergeant vers la Puerta del Sol. Des lanciers, des mameluks dévalent la calle de Alcala sous une pluie de tuiles, de pavés, on lance même des meubles, les insurgés tirent des fenêtres, des soupiraux au ras du sol. (...)

L'ennemi le plus détesté, ce sont les mameluks - descendants des Maures, anciens maîtres de l'Espagne; ils ont de larges culottes rouges, un turban blanc, une ceinture chatoyante. Des grappes humaines s'accrochent a leurs étriers, a la queue des chevaux, crevant le ventre des montures, les cavaliers sont jetés à terre, poignardés. Ceux qui échappent a l'étreinte féroce chargent et chargent encore, manient avec une adresse incroyable leur cimeterre courbe, on voit voltiger des têtes. Les soldats français, exaspérés a la vue des cadavres de leurs camarades, ne font pas de quartier. Toute maison d'où l'on a tiré est envahie, saccagée, les habitants percés de baïonnettes, les moines d'un couvent devant lequel agonise un mameluk sont tous décapités, leurs têtes jetées par les fenêtres. (p.199)

 

NAPOLEON EN RUSSIE

C'est Ney, encore lui, qui, avec les survivants de la division Loison, encore eux, va défendre Kovno pour laisser à des bandes désespérées le temps de franchir le Niémen. Des 400 000 hommes qui l'ont traversé d'ouest en est entre le 24 et le 30 juin 1812, combien vont le repasser, partie sur les ponts, partie sur la glace? Les dénombrements précis faits plus tard dans des bureaux à quatre cents lieues du fleuve glacé sont illusoires. Disons que sur 400 000 hommes, il en revint 10 000, ou 20 000. Les Russes ont fait 100 000 prisonniers. Tout le reste est mort. La Grande Armée n'existe plus. Mais Napoléon est rentré en France pour chercher 300 000 soldats. (p.405)

 

 

 

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19e

théories raciales

Jules Gritti, Déraciner les racismes, SOS Editions, 1982

 

(p.208) DOSSIER IV

 

Des études raciales aux théories racistes

 

Le premier théoricien - méconnu - de la hiérarchie des races humaines, donc de la supériorité ou de l'infériorité naturelles des unes ou des autres est Victor Courtet (1813-1867) professeur de «science politique» à l'université de Montpellier. Celui-ci entend fonder la science politique sur une « science de l'homme» à partir des « lois pysiologiques ». En un temps où l'orientalisme fascine les chercheurs, il va expliquer le système des castes par les rapports entre physiologie et civilisation. En un temps où l'Histoire romantique et rationaliste recherche (p.209) les origines, il importe de retrouver les privilèges de la « race » gauloise.  Généralisant le propos, Victor Courtet fonde les systèmes sociaux et les civilisations sur la « vie», sur la « force vitale» des races, sur leur degré de pureté (pour les races supérieures) ou de « mélange » (pour les inférieures). «Plus le type d'une race est beau plus la civilisation de cette race est avancée ; plus le type est laid, plus la race est imparfaite (...)  Aux races des nègres que distinguent les traits les plus grossiers, l'esclavage, l'impuissance relative, enfin la barbarie». Ainsi l'esthétique et la biologie se commandent réciproquement. L'ironie de l’histoire est que victor Courtet, disciple de Saint-Simon, fut aussi un premier théoricien du développement, à savoir de la contribution des races « supérieures » - colonisatrices - pour tirer les « inférieures » de la barbarie.

Le branle est donné. Avant le célèbre Comte de Gobineau, une abondante littérature fait droit à ces thèmes de 1'inégalité des races : les unes «viriles», les autres «féminines» ; les unes «adultes», les autres « enfantines», etc. Quinet par exempte dans Génie des religions dès 1843 travaille selon ces catégories. Sous divers noms : « physiologie sociale », « ethnographie», « anthropologie», etc., la raciologie est fondée.

 

·      Arthur Gobineau passe encore  aujourd'hui pour être le principal théoricien de l'inégalité des races humaines et par là même le fondateur du racisme. Nous avons signalé comment il héritait de tout un courant aristocratique obsédé par la pureté du sang. Sans doute l'histoire lui a octroyé un excès d’indignité. Le chercheur tout à la fois sérieux, imaginatif, désabusé, un tantinet candide, a pour son malheur posthume connu une forte récupération par tout un courant de la culture germanique: Richard Wagner, Chamberlin et les théoriciens du nazisme.

 

Son ouvrage monumental : Essai sur l'inégalité des races humaines, paraît entre 1853 et 1855. (p.210) Signalons que, pour l'auteur, les juifs représentent un cas intéressant - grâce à un bon équilibre de la préservation et du mélange - de peuple « libre", « fort" et « intelligent", (les épigones puis les théoriciens nazis ont évidemment omis de lire ces pages).

Avec hésitation Gobineau adopte la classifilcation répandue à son époque entre : noirs, jaunes et blancs. Mais il n'accorde à la couleur de la peau qu'une valeur relative pour différencier les populations. Il cherche l'explication des différences et des « inégalités" dans les rapports entre l'hérédité ethnique et les aptitudes civilisatrices. - Les noirs constituent la variété « la plus humble”, « au bas de l'échelle". Mais ils disposent de grandes capacités artistiques (et les peuples conservent, celles-ci au prorata de leur sang noir...). - Les jaunes se caractérisent par leur raison pratique et le respect de la règle. - Les blancs ont en commun un le sens de l'honneur comme mobile d'action.

 

Parmi les hommes blancs, reprenant le vocabulaire biblique, Gobineau distingue les chamites, les sémites et les japhétides. Ces derniers, qui se nomment aussi arian, ont donné source aux civilisations les plus élevées: la Grèce, plutôt macédonienne, et surtout l' Angleterre anglo-saxonne. - En vérité Gobineau n'a que peu d'estime pour la France et les pays germaniques: l'on est d'autant plus surpris par le succès du gobinisme outre-Rhin. En définitive, chez Gobineau se superposent deux lignes de jugement : - Il généralise ses louanges à l'adresse des blancs du rameau « arian". - Mais venant sur le terrain des civilisations et formes de gouvernement, il est critique pour la plupart des Européens...

 

En France Gobineau devait plutôt connaître des critiques à commencer par celles de son maître et ami Tocqueville : celui-ci montrait comment le christianisme ferment de progrès avait développé le principe et l’exigence égalitaires; il prévoyait des récupérations ultérieures de la (p.211) pensée de Gobineau à des fins de « tyrannie», jetant « l'abjection » sur les peuples prétendûment inférieurs. Mais entre 1870 et 1914 les idées de Gobineau connaissant une grande vogue outre-Rhin, Chamberlain (Huston Steward), d'origine britannique mais installé en Allemagne, sera le grand propagateur d'un gobinisme simplifié, déformé. Il agite le premier l'idée que le sang germanique, supérieur, doit se conserver en luttant contre les éléments étrangers notamment le catholicisme romain et le judaïsme. Un peuple qui se défait peut se refaire par « discipline de la race »: par endogamie, sélection, détermination et limitation des mélanges. Chamberlain reporte sur les Germains l'admiration que Gobineau éprouvait pour les «arians» : « moins un pays est germanique, moins il est civilisé» - « la lumière vient du Nord»...

Signalons au passage qu'un français Vacher de Lapouge, à l'université de Montpellier, professe au début du XXe siècle sous le nom d'« anthropo-sociologie» un gobinisme simplifié en faisant intervenir l'idée d'un plus ou moins grand développement cranien, l'homme développé demeurant toujours «1' Aryen». Le nazisme n'a plus qu'à recueillir des thèmes largement systématisés en Allemagne et bien vivaces en France. Mein Kampf de Hitler date de 1924 : le paroxysme hystérique supplante ce qui reste de recherche scientifique.

Le péché contre le sang », contre la pureté de race, est surtout le fait du juif peuple de la «saleté», de 1'«infamie», «bacille» qui « empoisonne les âmes»... La grande synthèse, si l'on peut dire, des apports ethnologiques et des frénésies mythiques sera l'oeuvre de Rosenberg : Le Mythe du XXe siècle (1930). Tout y passe y compris le mythe de l'Atlantide, centre nordique de la création, pour établir une histoire universelle fondée sur la supériorité raciale des aryens : une histoire menacée par le ferment juif, histoire où les noirs représentent le plus bon degré de l'échelle.

 

 

 

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19e

impérialisme

Hannah Arendt, L’impérialisme, éd. Fayard, 1982

 

(p.20) L'IMPÉRIALISME

A la différence des Britanniques et de toutes les autres nations européennes, les Français ont réellement essayé, dans un passé récent, de combiner le jus et l'imperium, et de bâtir un empire dans la tradition de la Rome antique. (…)

(…) lors de la Conférence sur la paix de 1918, Clémenceau insistait sur le fait qu'il ne désirait rien d'autre qu'« un droit illimité à lever des troupes noires destinées à contribuer à la défense du territoire français en Europe si la France venait à être attaquée par 1'Allemagne» (…).

 

(p.74)

1 - UNE «RACE» D'ARISTOCRATES CONTRE UNE “NATION » DE CITOYENS

Un intérêt sans cesse croissant envers les peuples les plus différents, les plus étranges, et même sauvages, a caractérisé la France du XVIIIe siècle. C'était l'époque où l'on admirait et copiait les peintures chinoises, où l'un des écrits les plus fameux du siècle s'appelait les Lettres persanes, et où les récits de voyage constituaient la lecture favorite de la société. On opposait l'honnêteté et la simplicité des peuples sauvages et non civilisés à la sophistication et à la frivolité de la culture. Bien avant que le XIXe siècle et son immense développement des moyens de transport eussent mis le monde non européen à la porte de tout citoyen moyen, la société française du XVIIIe siècle s'était efforcée de s'emparer spirituellement du contenu des cultures et des contrées qui s'étendaient loin au-delà des frontières de l'Europe. Un vaste enthousiasme pour les

«nouveaux spécimens de l'humanité» (Herder) gonflait le coeur des héros de la Révolution qui venaient, après la nation française, libérer tous les peuples de toute couleur sous la bannière de la France.

 

(p.75) C'est pourtant dans ce siècle créateur de nations et dans le pays de l'amour de I'humanité que nous devons chercher les germes de ce qui devait pIus tard devenir la capacité du racisme à détruire les nations et à annihiler l'humanité. On doit noter que le premier à prendre à son compte la coexistence en France de peuples différents, d'origines différentes, fut aussi le premier à élaborer une pensée raciale définie. Le comte de Boulainvilliers, noble français qui écrivit au début du XVIIIe siècle des oeuvres qui ne furent pubIiées qu'après sa mort, interprétait l'histoire de la France comme l'histoire de deux nations différentes dont l'une, d'origine germanique, avait conquis les premiers habitants, les « Gaulois », leur avait imposé sa loi, avait pris leurs terres et s'y était installée comme classe dirigeante, en « pairs » dont les droits suprêmes s'appuyaient sur le « droit de conquête » et sur la « nécessité de l'obéissance toujours due au plus fort ». EssentieIIement préoccupé de trouver de nouveaux arguments contre la montée du pouvoir politique du Tiers-Etat et de ses porte-parole, ce

«nouveau corps» composé par les « gens de lettres et de loi » , Boulainvilliers devait aussi combattre la monarchie parce que le roi de France ne voulait plus représenter les pairs en tant que primus inter pares, mais bien la nation tout entière : en lui, de ce fait, la nouvelle classe montante trouva un moment son allié le plus puissant. Soucieux de rendre à la noblesse une primauté sans conteste, Boulainvilliers proposait à ses semblables, les nobles, de nier avoir une origine commune avec le peuple français, de briser l'unité de la nation et de se réclamer d'une distinction originelle, donc éternelle. Avec beaucoup plus d' audace que la (p.76) plupart des défenseurs de la noblesse ne le firent par la suite, Boulainvilliers reniait tout lien prédestiné avec le sol ; il reconnaissait que les « Gaulois » étaient en France depuis plus longtemps, que les « Francs » étaient des étrangers et des barbares. Sa doctrine se fondait exclusivement sur le droit éternel de la conquête et affirmait sans vergogne que «la Frise...fut le véritable berceau de la nation française ». Des siècles avant le développement du racisme impérialiste

proprement dit, et ne suivant que la logique intrinsèque de son concept, il avait vu dans les habitants originels de la France des natifs au sens moderne du terme ou, selon ses propres mots, des « sujets » non pas du roi, mais de tous ceux dont le privilège était de descendre d'un peuple de conquérants qui, par droit de naissance, devaient être appelés « Français ».

(p.76) La théorie de Boulainvilliers ne s'applique toutefois qu'aux peuples, non aux races; elle fonde le droit des peuples supérieurs sur une action historique, la (p.77) conquête, et non sur un fait physique - bien que l'action historique exerce déjà une influence sur les qualités naturelles des peuples conquis. S'il invente deux peuples différents au sein de la France, c'est pour s'opposer à la nouvelle idée nationale telle qu'elle était~présentée dans une certaine mesure par l'alliance de la monarchie absolue et du Tiers-Etat.

 (p.79) Il est assez étrange que depuis les premiers temps, où, à l'occasion de sa lutte de classe contre la bourgeoisie, la noblesse française découvrit qu'elle appartenait à une autre nation, qu'elle avait une autre origine généalogique et qu'elle avait des liens plus étroits avec une caste internationale qu'avec le sol de France, toutes les théories raciales françaises aient soutenu le germanisme, ou tout au moins la supériorité des peuples nordiques contre leurs propres compatriotes.  Car si les hommes de la Révolution française s'identifiaient mentalement avec Rome, ce n'est pas parce qu'ils opposaient au “germanisme » de leur noblesse un « latinisme » du Tiers-Etat, mais parce qu'ils avaient le sentiment d' être les héritiers spirituels de la République romaine. Cette revendication historique, dans sa différence par rapport à l'identification tribale de la noblesse, pourrait avoir été l'une des raisons qui ont empêché le « latinisme » de se développer en soi comme doctrine raciale. En tout cas, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, le fait est que ce sont les Français qui, avant les Allemands ou les Anglais, devaient insister sur cette idée fixe d'une supériorité germanique. De la même manière, la naissance de la conscience de race allemande après la défaite prussienne de 1806, alors qu'elle était dirigée contre les Français, ne changea en rien le cours des idéologies raciales en France. Dans les années quarante du siècle dernier, Augustin Thierry adhérait encore à l'identification des classes et des races et (p.80) distinguait entre « noblesse germanique » et « bourgeoisie celte » , cependant que le comte de Rémusat, encore un noble, proclamait les origines germaniques de l'aristocratie européenne. Finalement, le comte de Gobineau développa une opinion déjà couramment admise parmi la noblesse française en une doctrine historique à part entière, affirmant avoir découvert la loi secrète de la chute des civilisations et promu

l'histoire à la dignité d'une science naturelle. Avec lui, la pensée raciale achevait son premier cycle, pour en entamer un second dont les influences devaient se faire sentir jusqu'aux années 20 de notre siècle.

 

(p.80) II - L'UNITÉ DE RACE COMME SUBSTITUT A L'ÉMANCIPATION  NATIONALE

 

En Allemagne, la pensée raciale ne s'est développée qu'après la déroute de la vieille armée prussienne devant Napoléon. Elle dut son essor aux patriotes prussiens et au romantisme politique bien plus qu'à la noblesse et à ses champions. A la différence du mouvement racial français qui visait à déclencher la guerre civile et à faire éclater la nation, la pensée raciale allemande fut inventée dans un effort visant à unir le peuple contre toute domination étrangère. Ses auteurs ne cherchaient pas d'alliés au-delà des frontières; ils voulaient éveiller dans le peuple la conscience d'une origine commune. En fait, cette attitude excluait la noblesse. (...)

Comme la pensée raciale allemande allait de pair avec les vieilles tentatives déçues visant à unifier les innombrables Etats allemands, elle demeura à ses débuts si étroitement liée à des sentiments nationaux d'ordre plus général qu'il est assez malaisé  de distinguer entre le simple nationalisme et un racisme avoué. D'inoffensifs sentiments nationaux s'exprimaient en des termes que nous savons aujourd'hui être racistes, si bien que même les historiens qui identifient le courant raciste allemand du XXe siècle avec le langage très particulier du nationalisme allemand ont curieusement été amenés à confondre le nazisme avec le nationalisme allemand, contribuant ainsi à sous-estimer le gigantesque succès international de la propagande hitlérienne. Ces circonstances particulières du nationalisme allemand changèrent seulement quand, après 1870, l'unification de la nation se fut effectivement réalisée et que le racisme allemand eut, de concert avec l'impérialisme allemand, atteint son plein développement. De ces débuts, un certain nombre de caractéristiques ont toutefois survécu, qui sont restées significatives au courant de pensée rociale spécifiquement allemand.

A la différence des nobles français, les nobles prussiens avaient le sentiment que leurs intérêts étaient étroitement liés à la position de la monarchie absolue et, dès l'époque de Frédéric II en tout cas, ils cherchèrent à se faire reconnaître comme représentants légitimes de la nation tout entière.

(p.88) C'est Haller qui, partant de cette évidence que les puissants dominent ceux qui sont privés de pouvoir, n'hésita pas à aller plus loin et à déclarer « loi naturelle » que les faibles doivent être dominés par les forts. Bien entendu, les nobles applaudirent avec enthousiasme en apprenant que leur usurpation du pouvoir non seulement était légale, mais encore obéissait aux lois naturelles, et c'est en fonction de ces définitions bourgeoises que, pendant tout le XIXe siècle, ils évitèrent les « mésalliances » avec un soin encore plus diligent que par le passé.

Cette insistance sur une origine tribale commune comme condition essentielle de l'identité nationale, formulée par les nationalistes allemands pendant et après la guerre de 1814, et l'accent mis par les romantiques (p.89) sur la personnalité innée et la noblesse naturelle, ont intellectuellement préparé le terrain à la pensée raciale en Allemagne. L'une a donné naissance à la doctrine organique de l'histoire et de ses lois naturelles; de l'autre naquit à la fin du siècle ce pantin grotesque, le surhomme, dont la destinée naturelle est de gouverner le monde. Tant que ces courants cheminaient côte à côte, ils n'étaient rien de plus qu'un moyen temporaire d'échapper aux réalités politiques. Une fois amalgamés, ils constituèrent la base même du racisme en tant qu'idéologie à part entière. Ce n'est pourtant pas en Allemagne que le phénomène se produisit en premier lieu, mais en France, et il ne fut pas le fait des intellectuels de la classe moyenne, mais d'un noble aussi doué que frustré, le comte de Gobineau.

 

III - LA NOUVELLE CLE DE L'HISTOIRE

 

En 1853, le comte Arthur de Gobineau publia son Essai sur l'Inégalité des Races humaines, qui devait attendre quelque cinquante ans pour devenir, au tournant du siècle, une sorte d'ouvrage-modèle pour les théories raciales de l'histoire. La première phrase de cet ouvrage en quatre volumes - « La chute de la civilisation est le phénomène le plus frappant et, en même temps, le plus obscur de l'histoire” - révèle clairement l'intérêt fondamentalement neuf et moderne de son auteur, ce nouvel état d'esprit pessimiste qui imprègne son oeuvre et qui constitue une force idéologique capable de faire l'unité de tous les éléments et opinions contradictoires antérieurs.

 

(p.92) Lorsque Gobineau commença son oeuvre, à l’époque de Louis-Philippe, le roi bourgeois, le sort de la noblesse semblait réglé. La noblesse n'avait plus à craindre la victoire du Tiers-Etat, celle-ci était déjà accomplie; elle ne pouvait plus que se plaindre. (...) Il /= Gobineau/ était seulement un curieux mélange de noble frustré et d'intellectuel romantique, qui inventa le racisme pour ainsi dire par hasard: lorsqu'il s'aperçut qu'il ne pouvait plus se contenter des vieilles doctrines des deux peuples réunis au sein de la France et que, vu les circonstances nouvelles, il devait réviser le vieux principe selon lequel les meilleurs se trouvent nécessairement au sommet de la société. (...)

(p.93) Petit à petit, il identifia la chute de sa caste avec la chute de la France, puis avec celle de la civilisation occidentale, et enfin... avec celle de l'humanité tout entière. Ainsi fit-il cette découverte - qui lui valut par la suite tant d'admirateurs parmi les écrivains et les biographes - que la chute des civilisations est due à une dégénerescence de la race, ce pourrissement étant causé par un sang mêlé, car dans tout mélange, la race inférieure est toujours dominante. (...) Il lui fallut près de cinquante ans pour devenir une gloire auprès de l'élite, et ses ouvrages durent attendre la Première Guerre mondiale et sa vague de philosophies de la mort pour jouir d'une réelle et large popularité.

Ce que Gobineau cherchait en réalité dans la politique, c'était la définition et la création d'une « élite » qui remplacerait l'anstocratie. Au lieu de princes, il proposait une « race de princes », les Aryens, qui étaient en danger, disait-il, de se voir submergés par les classes inférieures non-aryennes du fait de la démocratie. Le concept de race permettait d'introduire les « personnalités innées » du romantisme allemand et de les définir comme les membres d'une aristocratie naturelle, destinée à régner sur tous les autres hommes. Si la race et le mélange des races sont les facteurs (p.94) déterminants de l'individu - et Gobineau n'affirmait pas l'existence de sangs « purs » -, rien n'empêche de prétendre que certaines supériorités physiques pourraient se développer en tout individu, quelle que soit sa présente position sociale, et que tout homme d'exception fait partie de ces « authentiques fils et survivants... des Mérovingiens “, qu'il est l'un de ces « fils de rois ». Grâce à la race, une « élite » allait se former qui pourrait revendiquer les vieilles prérogatives des familles féodales au seul fait qu'elle avait le sentiment d'être une noblesse ; la reconnaissance de l'idéologie de race allait en soi devenir la preuve formelle qu'un individu était de « bon sang » , que du « sang bleu » coulait dans ses veines et qu'une telle origine supérieure impliquait des droits supérieurs. D'un même événement politique, le déclin de la noblesse, notre Comte tirait donc deux conséquences contradictoires: la dégénérescence de la race humaine et la constitution d'une aristocratie nouvelle et naturelle.

 

(p.95) Taine lui-même croyait fermement au génie supérieur de la « nation germanique», et Ernest Renan a probablement été le premier à opposer les «Sémites » aux «Aryens» en une « division du genre humain » décisive, bien qu'il reconnût en la civilisation la grande force supérieure qui détruit les originalités locales aussi bien que les différences de race originelles.

 

(p.108) /Auguste Comte en France/

... celui-ci exprimait son espoir de voir une humanité unie, organisée, régénérée sous l'égide - la présidence - de la France.

 

 

 

21:32 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |