17/09/2010

(suite)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01/09/1939

France

Joseph Rohr, La Lorraine mosellane, 1918-1946, 1973

 

1er septembre 1939

Evacuation des localités situées sur la ligne Maginot et au-delà.  Alors commencèrent pour de nombreux Mosellans des épreuves et des tribulations qui devaient durer jusqu'à la libération de la France. C'est ainsi que sur un total de 700 000 Mosellans, 302 700 ressortissants des arrondissements de Sarreguemines, Forbach, Boulay et Thionville, soit la population de 300 villages sur 765, durent quitter maisons, terres, bétail, biens, n'emportant souvent que 30 kg de bagages. Ils furent dirigés par les départements de l'Aube et de la Haute-Marne vers les lointains départements d'accueil de la Vienne, de la Charente-Maritime, de la Haute-Vienne, de la Charente et de la Dordogne (Hiegel p.9).  L'évacuation effectuée dans des conditions hâtives et désordonnées a en partie ruiné la population évacuée sans que l'Etat ait pu prendre des mesures de préservations souhaitables pour sauver au moins une partie de ces biens. Le cheptel a été en majeure partie récupéré par la troupe qui se réserva un certain nombre de bêtes pour l'amélioration de son ordinaire.

Nous empruntons ici au livre de Roger Bruge "Faites sauter la ligne Maginot" - Fayard 1973 - ces témoignages qui en disent long sur l'improvisation et le désordre qui présidèrent à l' évacuation. Témoignage du capitaine Renauld du secteur de Thionville :

"L'évacuation fut une véritable débandade dans la plupart des communes, surtout sur la rive droite de la Moselle, face à l'Allemagne. On ne vit sur le terrain aucun sous-préfet ni des maires capables de commander. Le colonel Perrey, commandant les avancées, dut intervenir dans certains cas de carence caractérisée : il menaça de les faire fusiller et les remplaça comme responsables de l' évacuation par des gens moins affolés. Les troupes des avancées durent récupérer les troupeaux et assurer la traite des vaches." (p. 50).

Témoignage d'un chef porion de Petite-Rosselle :

"Sur le pas des portes des centaines de chiens et de chats attendaient leurs maîtres et l'heure de leur pâtée quotidienne.  La rue de la gare était encombrée de remorques, de valises éventrées, de bicyclettes et de voitures d'enfants abandonnées.

(p.33) Sur les trottoirs il y avait des vêtements, du linge de maison, des paquets, tout ce que les malheureux n'avaient pu emporter dans les trains." (p.51).

 

La population de Gros-Réderching arriva le soir du 1er septembre à Lorentzen ; le maire chercha vainement des chambres, des granges pour abriter les vieillards et les enfants. Les évacués durent se coucher dans un pré "au milieu du bétail affolé qui meuglera toute la nuit."

A Destry, le sergent Gérardin du 1 1169 régiment d'infanterie de forteresse fut réveillé en pleine nuit par des appels :

"C'était des évacués des villages des frontières, des femmes cherchaient un abri pour leurs enfants. " Aidez-nous, suppliaient-elles en pleurant, nous ne sommes plus que des Zigeuner" (des nomades,. des romanichels).

La compagnie fut alertée et mes camarades cédèrent leur lit de paille ou de regain aux réfugiés. Le cuistot ralluma la roulante pour préparer du café chaud et, vers 2 heures du matin, je sortis sur la route pour appeler en priorité les mè res de famille. Des centaines de personnes étaient couchées au milieu de leurs bagages, dans les fossés et sous les arbres.Les responsables de la Défense passive étaient débordés et le service médical inexistant. On demandait un médecin pour assister des femmes qui allaient accoucher à la gare de Brulange mais personne ne répondait. Je n'avais jamais vu pareille détresse," (Bruge p. 54).

 

Les 3800 habitants de Sarralbe du sous-secteur du 51e régiment de mitrailleurs de l'infanterie coloniale de la ligne Maginot devaient prendre à leur première destination à Nouvel-Avricourt des trains pour Angoulême. Les malades furent transportés en autocar à Nouvel-Avricourt.

" Après quatre jours d'attente sur les quais et sur la place de la gare, les réfugiés de Sarralbe prendront place le 5 septembre, sous une pluie battante, à bord de 2 trains, quelques voitures de troisième classe ont été insérées ( 1). Ils abandonnent une

(1) 11 faut sans doute entendre ici que les convois étaient surtout composés de wagons de marchandises.

(p.34) partie de leurs bagages à Nouvel-Avricourt car, une fois de plus, on a mesuré la place et le convoi est surpeuplé. Après 2 jours et 2 nuits de voyage, les 2 trains s'arrêtent à Angoulême ou personne n' est au courant de leur arrivée." (Bruge p. 56).

 

Il faut aussi parler des pillages. On trouve, sous la plume du préfet de la Moselle, M. Bourrat, le témoignage que voici :"Des pillages ont eu lieu. Certaines unités ont pensé que, les villages libérés de leurs habitants, les biens mobiliers étaient leur propriété. Des officiers, hélas, ont donné un triste exemple et j'ai dû, sous peine de publicité, interdire l'expédition des colis." (p. 57).

 

De son côté, le maire de Sarreguemines, M. Nicklaus, qui revint deux fois à Sarreguemines après l' évacuation, écrivit :" Dans beaucoup de quartiers, les soldats ont pénétré dans les habitations et les magasins et y ont enlevé tout ce qui leur parut utile. Je tiens à souligner qu'en fouillant les maisons on a défoncé les portes et on a flanqué tout pêle-mêle en salissant les appartements (..,), les garages et les boutiques ont été saccagés systématiquement. L'outillage spécial, les petites machines et même des autos démontées furent enlevés. J'ai surpris, les 28 et 29 septembre, des pionniers qui ont vidé à Sarreguemines le garage Fath, en quelques jours." (Bruge p. 57).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21:22 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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