17/09/2010

(suite)

 

 

 

OPÉRATION "INSECTICIDE"

 

(p.550) Le discrédit le plus cinglant naît encore une fois du rôle joué par la France au Rwanda. Ce n'est pas Survie qui le dit> et ce n'est pas seu-

lement une organisation américaine> Human Rights Watch. L' étude

considérable coordonnée par Alison des Forges est cosignée par une

organisation internationale dont le siège est à Paris, la Fédération

(p.551) internationale des droits de l'homme (FIDH). Publié en 1999, le

rapport Aucun témoin ne doit survivre est historique dans tous les sens

du terme. Il établit définitivement le caractère planifié du génocide

rwandais - écartant le rideau de fumée de la " colère populaire ". Au

contraire, il montre le lien étroit entre le foyer génocidaire (en cercles

concentriques autour du colonel Bagosora), son idéologie extermi-

natrice et les écrans de fumée déployés par sa propagande. Grâce,

entre autres, à la trop fameuse Radio des Mille Collines. Les partisans du génocide, assez peu nombreux au départ, se sont agrégé une fraction notable des Hutus rwandais - par la persuasion, l'intérêt, la ruse et la force.

La description du génocide au quotidien a ceci de fascinant qu' elle

suggère l'accoutumance. L'on voit ainsi comment la plus grande par-

tie de l'élite hutue - militaire, administrative, religieuse, intellectuelle

- est amenée, bon gré, mal gré, à participer à la machine génocidaire,

ou à la cautionner. Terrifiant. Tellement "ordinaire", "respectable",

que la communauté internationale, dans pratiquement toutes ses

composantes, a été elle aussi prise au piège de la "tolérance", comme

hypnotisée.

Ce rôle permissif ou facilitateur de l'étranger est longuement ana-

lysé. Mais un pays a fait bien pire, la France. Pendant et après le

génocide, elle a soutenu les deux composantes du pouvoir génoci-

daire : le pouvoir civil, le Gouvernement intérimaire rwandais (GIR),

totalement impliqué ; et surtout un groupe d' officiers, l' AMASASU,

qui s' assura le contrôle de la Garde présidentielle, des Forces armées

rwandaises et de la gendarmerie. L'étude confirme qu'ils constituè-

rent le noyau dur du génocide, et que les militaires furent son bras

armé, bien plus que leurs acolytes des milices. Or l' armée française,

ses services secrets (notamment la Direction du renseignement mili-

taire) et ses vrais-faux mercenaires vivaient depuis quatre ans en

osmose avec ces soldats-là.

Quelques extraits sont nécessaires, d' abord, pour rappeler le mode

opératoire du génocide :

 

" Les militaires jouèrent un rôle décisif en déclenchant le

massacre et en l' orchestrant. [...] La participation systéma-

tique et à grande échelle des militaires pendant toute la durée

du génocide, démontre que leur rôle fut dicté ou approuvé par

les plus hautes autorités à l'échelon national.»

 

" Les chefs des milices déplaçaient leurs hommes d'une région à l'autre. Ces transferts temporaires de miliciens démontrent à quel point le génocide était centralisé.')

 

" Il fallait mobiliser des centaines de milliers de gens [...] [pour] tuer, [...] s' occuper de la tenue des barrières et de la traque des survivants. [...] Cette " guerre" devait devenir la responsabilité de tous. Le gouvernement intérimaire ordonna à (p.552) l'administration d'effectuer cette mobilisation. /.../ Si les préfets transmettaient les ordres et supervisaient les résultats, les bourgmestres et leurs subordonnés furent ceux qui mobilisèrent véritablement la population. /.../ [Ils] amenaient les gens sur les lieux des massacres, où des militaires, ou encore d' anciens soldats, prenaient généralement la direction de la suite des opérations. /.../ Les bourgmestres eurent la responsabilité d' assurer la poursuite du génocide sur une période de plusieurs semaines. "

 

« Les organisateurs [du génocide] [...] avaient l'intention de bâtir une responsabilité collective pour le génocide. Les gens étaient encouragés à se livrer ensemble aux tueries. "Aucune

personne seule n 'a tué une autre personne", déclara un des participants."

 

« Les autorités militaires, administratives et politiques se lancèrent dans une entreprise de supercherie avec trois objectifs en tête : tromper les étrangers /.../, leurrer les Tutsi pour les tuer plus facilement et manipuler les Hutu. /.../ L' entreprise de mystification était parfaitement cohérente. /.../ Les organisateurs utilisèrent le génocide pour faire la guerre et se servirent de la guerre pour dissimuler le génocide (1)."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21:00 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.