17/09/2010

(suite)

1966-

Polynésie

contamination

Danielsson Bengt & Marie-Thérèse, Moruroa, notre bombe coloniale, éd. L’Harmattan, 1993

 

(p.214) Ce n'est qu'après le coucher du soleil que de Gaulle et ses compagnons embarquent avec l' amiral Lorrain à bord du De Grasse, mouillé au centre du lagon, qui aussitôt franchit la passe.

 

(p.215) Le 11 septembre 1966, le Général de Gaulle regarde seulement le champignon atomique, depuis le croiseur De Grasse, après l’explosion de la quatrième bombe de l’année, Bételgeuse.

 

(p.216) Ce croiseur a été spécialement aménagé pour protéger l'équipage contre les retombées radioactives et calfeutré à un tel point que Ies Polynésiens l'appelle ironiquement manua punu, ce qui veut dire «navire boite de conserve». L'amiral Lorrain distribue néanmoins des combinaisons imperméables, des bottes de caoutchouc et d'épaisses lunettes noires à ses invités d'honneur, qu'ils doivent mettre pour assister à l'explosion. Cette tenue antinucléaire s' avère cependant tout à fait inutile, lorsqu' ils montent le lendemain matin sur la passerelle de commandement, car le ciel est si nuageux et le vent souffle si orageusement que l'amiral Lorrain veut reporter l'essai indéfiniment.

Ceci fâche beaucoup de Gaulle, qui a un programme si chargé à Paris, en raison de l' affaire Ben Barka, qu' il refuse de retarder son retour, prévu pour le 12 septembre, et ordonne à l'amiral d'exécuter le tir dans les prochaines 24 heures. Il faut donc féliciter le célèbre rédacteur Lazareff, qui a trouvé ce titre excellent pour le reportage bien documenté, publié par France-Soir . «S'IL N'Y AVAIT PAS EU D'EXPLOSION A MORUROA, C'EST DE GAULLE QUI AURAIT EXPLOSE DE COLERE» .

Après avoir louvoyé toute la journée et toute la nuit en haute mer au nord de Moruroa, le De Grasse s'approche donc à nouveau de l'atoll à l'aube du dimanche 11 septembre. En se retrouvant sur la passerelle, tous se réjouissent que le temps soit beaucoup moins sombre que la veille, mais Jacques Tauraa s' inquiète en même temps du problème que représente le vent, qui souffle, comme toujours pendant l'hiver austral, d'est vers l'ouest. Ou pour citer encore une fois Le Canard : «Les alizés continuaient à être défavorables à l'homme de l'Élysée.»

Lorsque le croiseur se trouve à 12 kilomètres du point zéro, de Gaulle et ses quatre compagnons voient sur un écran de télévision, dans le ciel au dessus de Denise, le dirigeable très grossi, portant le «réfrigérateur» nucléaire, et retenu au sol par trois câbles. L'explosion de la bombe Bételgeuse, qui a une puissance de 120 kilotonnes, aura lieu à 500 mètres d'altitude, explique l'amiral Lorrain, qui est installé devant un appareil lui permettant d' ouvrir le feu par faisceau hertzien. Quand le compte à rebours commence à 7 heures 28, il demande à de Gaulle de

tourner le dos à Moruroa, de mettre sur ses yeux les lunettes opaques spéciales et de fermer les paupières. Les ministres, Perrin et Tauraa font naturellement de même. Au moment où la bombe explose, de Gaulle ressent une (p.217) chaleur très vive sur la nuque et il attend par conséquent quelques secondes avant de se retourner pour admirer la boule de feu qui se transforme rapidement en un champignon poussant vers le ciel. S'adressant ensuite à l'amiral et aux autres officiers et techniciens sur la passerelle, il exprime ainsi sa gratitude . «Messieurs, je suis fier, et je suis fier de vous.» Mais avant de quitter le navire, il critique sévèrement la nullité de l'engin qui vient d'exploser et exige que la prochaine bombe soit dopée et opérationnelle.

(…) Obéissant avec une grande adresse aux directives de leur patron suprême, les techniciens du C.E.A. sont prêts, déjà trois jours plus tard, à faire sauter une première bombe dopée d'une puissance de 150 kilotonnes. Cet essai, appelé Rigel, aura lieu à Fangataufa, font-ils savoir, pour la raison - qu'ils n'avouent qu'après une confrontation acharnée avec un journaliste insidieux que Moruroa est encore trop contaminé. Le lendemain, nous apprenons cependant, sans grande surprise, par la radio et la (p.218) presse locale, qu' il a été impossible de faire sauter la bombe, « à cause des conditions météorologiques défavorables». Le 19 septembre, les journaux annoncent un nouvel ajournement en ces termes :

« L'expérimentation nucléaire qui devait avoir lieu hier matin à Fangataufa a de nouveau été reportée. L'arrêt du compte à rebours a été décidé à 5 heures locales, soit deux heures avant l'heure prévue pour l'explosion. Un délai de 48 heures sera sans doute nécessaire pour la remise en place du dispositif naval.

L'ajournement a peut-être été motivé par une modification défavorable des conditions météorologiques, mais les autorités restent très discrètes à ce sujet.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21:09 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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