17/09/2010

(suite)

19e

théories raciales

Jules Gritti, Déraciner les racismes, SOS Editions, 1982

 

(p.208) DOSSIER IV

 

Des études raciales aux théories racistes

 

Le premier théoricien - méconnu - de la hiérarchie des races humaines, donc de la supériorité ou de l'infériorité naturelles des unes ou des autres est Victor Courtet (1813-1867) professeur de «science politique» à l'université de Montpellier. Celui-ci entend fonder la science politique sur une « science de l'homme» à partir des « lois pysiologiques ». En un temps où l'orientalisme fascine les chercheurs, il va expliquer le système des castes par les rapports entre physiologie et civilisation. En un temps où l'Histoire romantique et rationaliste recherche (p.209) les origines, il importe de retrouver les privilèges de la « race » gauloise.  Généralisant le propos, Victor Courtet fonde les systèmes sociaux et les civilisations sur la « vie», sur la « force vitale» des races, sur leur degré de pureté (pour les races supérieures) ou de « mélange » (pour les inférieures). «Plus le type d'une race est beau plus la civilisation de cette race est avancée ; plus le type est laid, plus la race est imparfaite (...)  Aux races des nègres que distinguent les traits les plus grossiers, l'esclavage, l'impuissance relative, enfin la barbarie». Ainsi l'esthétique et la biologie se commandent réciproquement. L'ironie de l’histoire est que victor Courtet, disciple de Saint-Simon, fut aussi un premier théoricien du développement, à savoir de la contribution des races « supérieures » - colonisatrices - pour tirer les « inférieures » de la barbarie.

Le branle est donné. Avant le célèbre Comte de Gobineau, une abondante littérature fait droit à ces thèmes de 1'inégalité des races : les unes «viriles», les autres «féminines» ; les unes «adultes», les autres « enfantines», etc. Quinet par exempte dans Génie des religions dès 1843 travaille selon ces catégories. Sous divers noms : « physiologie sociale », « ethnographie», « anthropologie», etc., la raciologie est fondée.

 

·      Arthur Gobineau passe encore  aujourd'hui pour être le principal théoricien de l'inégalité des races humaines et par là même le fondateur du racisme. Nous avons signalé comment il héritait de tout un courant aristocratique obsédé par la pureté du sang. Sans doute l'histoire lui a octroyé un excès d’indignité. Le chercheur tout à la fois sérieux, imaginatif, désabusé, un tantinet candide, a pour son malheur posthume connu une forte récupération par tout un courant de la culture germanique: Richard Wagner, Chamberlin et les théoriciens du nazisme.

 

Son ouvrage monumental : Essai sur l'inégalité des races humaines, paraît entre 1853 et 1855. (p.210) Signalons que, pour l'auteur, les juifs représentent un cas intéressant - grâce à un bon équilibre de la préservation et du mélange - de peuple « libre", « fort" et « intelligent", (les épigones puis les théoriciens nazis ont évidemment omis de lire ces pages).

Avec hésitation Gobineau adopte la classifilcation répandue à son époque entre : noirs, jaunes et blancs. Mais il n'accorde à la couleur de la peau qu'une valeur relative pour différencier les populations. Il cherche l'explication des différences et des « inégalités" dans les rapports entre l'hérédité ethnique et les aptitudes civilisatrices. - Les noirs constituent la variété « la plus humble”, « au bas de l'échelle". Mais ils disposent de grandes capacités artistiques (et les peuples conservent, celles-ci au prorata de leur sang noir...). - Les jaunes se caractérisent par leur raison pratique et le respect de la règle. - Les blancs ont en commun un le sens de l'honneur comme mobile d'action.

 

Parmi les hommes blancs, reprenant le vocabulaire biblique, Gobineau distingue les chamites, les sémites et les japhétides. Ces derniers, qui se nomment aussi arian, ont donné source aux civilisations les plus élevées: la Grèce, plutôt macédonienne, et surtout l' Angleterre anglo-saxonne. - En vérité Gobineau n'a que peu d'estime pour la France et les pays germaniques: l'on est d'autant plus surpris par le succès du gobinisme outre-Rhin. En définitive, chez Gobineau se superposent deux lignes de jugement : - Il généralise ses louanges à l'adresse des blancs du rameau « arian". - Mais venant sur le terrain des civilisations et formes de gouvernement, il est critique pour la plupart des Européens...

 

En France Gobineau devait plutôt connaître des critiques à commencer par celles de son maître et ami Tocqueville : celui-ci montrait comment le christianisme ferment de progrès avait développé le principe et l’exigence égalitaires; il prévoyait des récupérations ultérieures de la (p.211) pensée de Gobineau à des fins de « tyrannie», jetant « l'abjection » sur les peuples prétendûment inférieurs. Mais entre 1870 et 1914 les idées de Gobineau connaissant une grande vogue outre-Rhin, Chamberlain (Huston Steward), d'origine britannique mais installé en Allemagne, sera le grand propagateur d'un gobinisme simplifié, déformé. Il agite le premier l'idée que le sang germanique, supérieur, doit se conserver en luttant contre les éléments étrangers notamment le catholicisme romain et le judaïsme. Un peuple qui se défait peut se refaire par « discipline de la race »: par endogamie, sélection, détermination et limitation des mélanges. Chamberlain reporte sur les Germains l'admiration que Gobineau éprouvait pour les «arians» : « moins un pays est germanique, moins il est civilisé» - « la lumière vient du Nord»...

Signalons au passage qu'un français Vacher de Lapouge, à l'université de Montpellier, professe au début du XXe siècle sous le nom d'« anthropo-sociologie» un gobinisme simplifié en faisant intervenir l'idée d'un plus ou moins grand développement cranien, l'homme développé demeurant toujours «1' Aryen». Le nazisme n'a plus qu'à recueillir des thèmes largement systématisés en Allemagne et bien vivaces en France. Mein Kampf de Hitler date de 1924 : le paroxysme hystérique supplante ce qui reste de recherche scientifique.

Le péché contre le sang », contre la pureté de race, est surtout le fait du juif peuple de la «saleté», de 1'«infamie», «bacille» qui « empoisonne les âmes»... La grande synthèse, si l'on peut dire, des apports ethnologiques et des frénésies mythiques sera l'oeuvre de Rosenberg : Le Mythe du XXe siècle (1930). Tout y passe y compris le mythe de l'Atlantide, centre nordique de la création, pour établir une histoire universelle fondée sur la supériorité raciale des aryens : une histoire menacée par le ferment juif, histoire où les noirs représentent le plus bon degré de l'échelle.

 

 

 

21:33 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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