17/09/2010

(suite)

18e-19e

Napoléon

Henri Guillemin, Napoléon tel quel, 1969, Ed. de Trévise, Paris.

NAPOLEON : MISE AU POINT

 

NAPOLEON EN ITALIE

Le 21, un nouveau représentant, Turreau, avait été désigné pour les fonctions de commissaire auprès de l'armée d'Italie. Turreau vient de se marier et cette nomination lui permet d'offrir à sa jeune épouse (Félicité, 24 ans) un voyage de noces sur la Côte d'Azur.  Il arrive, et Bonaparte entreprend aussitôt auprès de Mme Turreau la campagne séductrice - à l'intention du mari - qu'il a déjà menée auprès de Mmes Carteaux et Ricord et qu'il reprendra plus tard auprès de Mme Carnot.  On ne se battait plus, sur les Alpes, et la charmante jeune femme s'en désolait, elle qui s'était attendue, frétillante, à voir (de loin) « parler la poudre ».  Afin de calmer sa déception, Bonaparte organise pour elle un petit spectacle de massacre. « Il en coûta la vie à quatre ou cinq soldats », pas plus, racontera-t-il, bonhomme, à Bertrand, au mois d'octobre 1818. (id., p.38)

 

A Pavie, se sont réfugiés dix mille paysans fuyant les horreurs de la conquête. Ils font mine de créer là une résistance; charges de cavalerie; le canon tire à mitraille dans les rues.  La troupe demande qu'on lui livre la ville.  Accordé. Douze heures pour la mise à sac.  Avis du 28 mai: «Tout village où sonnera le tocsin sera, sur-le-champ, incendié».  Massacres à Faenza, à Imola, à Vérone.  Bien sûr que les envahisseurs trouvent des collaborations.  Mais Bonaparte sait à quoi s'en tenir.  Lettres à Paris des 26 septembre et 10 octobre 1797: «Ces peuples nous haïssent» ; «qu'on ne s' exagère pas l'influence des prétendus patriotes piémontais, cisalpins, gênois; si nous leur retirions, d'un coup de sifflet, notre appui militaire, ils seraient tous égorgés ». (id., p.50)

 

NAPOLEON EN EGYPTE

Il a maté les Egyptiens par les moyens usuels: bombardement de la mosquée du Caire, exécutions persuasives en série (parfois seulement « pour avoir mal parlé des Français»), répression foudroyante d'un mouvement de fellahs. (id., p. 57)

Il y a l'incident de route, près de Jaffa (...), des deux mille prisonniers que Bonaparte, plutôt que de les nourrir - on ne va surtout pas les relâcher ! - trouve plus commode de faire exterminer, dans les dunes, à l'arme blanche, afin d'économiser les munitions; et il y aura, au retour, encore à Jaffa, l'autre incident: les pestiférés.  Les dévots de Napoléon ont longtemps maintenu la légende - et la peinture officielle s'en est mêlée - du général au grand coeur, touchant sans effroi les bubons de ses soldats mourants.  Et que de cris pour protester contre l'infamie calomniatrice de la rumeur: mais non, Bonaparte n'a pas " touché les bubons » ; il les a fait tuer, ses malades! (id., p.61)

 

NAPOLEON ET SES SOLDATS

Mais un million d'hommes, par sa grâce, mourront d'une autre manière, dans les carnages de sa « gloire”. (id., p.124)

«L'épopée » napoléonienne, gluante de sang, ne revêt toute sa dimension que si des chiffres l'accompagnent.  Austerlitz? 23 000 morts; mais, quand on a le coeur bien placé, les cadavres d'Austerlitz disparaissent dans le soleil du même nom.  Eylau?

50 000 hommes tombent.  Wagram ?  Napoléon y bat son propre record (55 000 tués), qu'il surpassera à Borodino, gala qui coûte aux deux armées quelque 80 000 soldats. Sur les services sanitaires dans l'armée impériale, il faut lire le journal du chirurgien Percy: le matériel est dérisoire, le personnel presque inexistant; les amputations se pratiquent sans anesthésie; la gangrène s'installe; le blessé grave, dans la Grande Armée, est un condamné à mort; Napoléon a interdit, du reste, de relever, pendant l'action, les hommes qui s'écroulent; il se méfie des déserteurs, dont le nombre se multiplie. (p.126)

La France, dit Napoléon Bonaparte, est « un nid de soldats », de soldats gratuits.  Que pèse la vie de ces “c. » (encore un mot censuré, du vocabulaire de l'empereur)? (p.130) 

 

Georges Blond, La Grande Armée, 1804-1815, éd. Laffont

 

NAPOLEON EN ESPAGNE

Insurrection à Madrid à l’annonce de la tentative par les Français d’emmener l’infant don Francisco à Bayonne

Murat dirige ses troupes depuis la porte San Vicente, dans le prolongement du palais royal. Quatre colonnes françaises venant des portes s'avancent en convergeant vers la Puerta del Sol. Des lanciers, des mameluks dévalent la calle de Alcala sous une pluie de tuiles, de pavés, on lance même des meubles, les insurgés tirent des fenêtres, des soupiraux au ras du sol. (...)

L'ennemi le plus détesté, ce sont les mameluks - descendants des Maures, anciens maîtres de l'Espagne; ils ont de larges culottes rouges, un turban blanc, une ceinture chatoyante. Des grappes humaines s'accrochent a leurs étriers, a la queue des chevaux, crevant le ventre des montures, les cavaliers sont jetés à terre, poignardés. Ceux qui échappent a l'étreinte féroce chargent et chargent encore, manient avec une adresse incroyable leur cimeterre courbe, on voit voltiger des têtes. Les soldats français, exaspérés a la vue des cadavres de leurs camarades, ne font pas de quartier. Toute maison d'où l'on a tiré est envahie, saccagée, les habitants percés de baïonnettes, les moines d'un couvent devant lequel agonise un mameluk sont tous décapités, leurs têtes jetées par les fenêtres. (p.199)

 

NAPOLEON EN RUSSIE

C'est Ney, encore lui, qui, avec les survivants de la division Loison, encore eux, va défendre Kovno pour laisser à des bandes désespérées le temps de franchir le Niémen. Des 400 000 hommes qui l'ont traversé d'ouest en est entre le 24 et le 30 juin 1812, combien vont le repasser, partie sur les ponts, partie sur la glace? Les dénombrements précis faits plus tard dans des bureaux à quatre cents lieues du fleuve glacé sont illusoires. Disons que sur 400 000 hommes, il en revint 10 000, ou 20 000. Les Russes ont fait 100 000 prisonniers. Tout le reste est mort. La Grande Armée n'existe plus. Mais Napoléon est rentré en France pour chercher 300 000 soldats. (p.405)

 

 

 

21:33 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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