17/09/2010

(suite)

 

 

 

(p.465) Il est certain que le gouvernement de Giscard et Chirac se trouverait confronté à un problème politique très grave s’il faisait fi du scepticisme de ces nombreux citoyens-électeurs, en procédant aux essais souterrains en France. Un second essai souterrain a donc lieu à Fangataufa le 26 novembre 1975. La seule information fournie par le C.E.P. (on se demande pourquoi), est que cette bombe a été baptisée Hector qui, selon l'Iliade était un prince de Troie, tué par Achille, déjà honoré auparavant par les atomistes français. Bien que les portes de 1'atoll soient cette fois-ci totalement closes, le rédacteur du Journal réussit à les entrebaîller, grâce à son talent pour trouver des témoins du tir, qui lui donnent suffisamment de renseignements sûrs pour qu' il puisse publier un article révélant que cette bombe était «d'une taille monstrueuse» et que le puits avait été colmaté de 300 mètres cubes de béton. Voici le passage principal de cet article:

«Les exécutants étaient une centaine de spécial istes du C.E.A., débarqués en grand secret de France, que les vieux résidents ont appelé «les pestiférés» . coupés de tout contact avec les militaires et techniciens locaux, ils dormaient à part, ils mangeaient à part, ils travaillaient à part. Plus extraordinaire encore, ils se cachaient pour travailler. Au pied du grand derrick du site Echo, maintenant démonté, ils avaient éd ifié une cabane en tôle. C'est là que les pièces détachées de l'ogive nucléaire qui avaient été provisoirement entreposées à Hao étaient conduites sous escorte armée. C'est là que l'engin était assemblé à l'abri des (p.466) regards : un monstre cylindrique large de plus d'un mètre et prolongé d' une queue d' appareillages longue de 11 mètres. Ce grand «boum» a inévitablement causé tellement de fractures dans la base de ce petit atoll que c'est pour cette raison que les patrons de la DIRCEN et du C.E.P. évacuent immédiatement tous les 400 techniciens, militaires et travailleurs civils ayant vécu jusqu'alors à Fangataufa. S'imaginant que le sous-sol est plus solide à Moruroa qui, en outre, est quatre fois plus grand que Fangataufa, ils décident de procéder dorénavant aux essais souterrains uniquement dans cet atoll. Même. après le transfert du personnel de Fangataufa, il s'avère nécessaire de faire venir encore quelques centaines de techniciens avec une formation spéciale, capables de forer les puits de grande profondeur, permettant de tester les engins mégatonniques, destinés à équiper les futurs missiles des sous-marins nucléaires.»

Selon l' article du Journal déjà cité, le nombre de personnes travaillant et vivant à Moruroa s'élève alors à3 100, dont 1 200 sont des militaires de toutes armes, 300 des appelés volontaires, 900 des cadres et employés du C.E.A. et 700 des travailleurs polynésiens. Tout ce personnel habite dans le village Anémone, construit en 1965 sur la pointe est de l'atoll. D'après une interview dans La Dépêche du capitaine Martin, dont le rôle est comparable à celui d'un maire, cette bourgade est devenue une grande cité, avec une centaine de casernes très confortables, une douzaine de bars et quatre cinémas. Selon le directeur de la sécurité, Jean-Marie Lavie, interviewé par les journalistes des deux autres journaux locaux, même si les futurs tirs souterrains, qui auront tous lieu sur la côte sud de Moruroa, produisent parfois quelques cassures, ceci ne représentera aucun risque pour le personnel, puisque Anémone est située dix kilomètres plus loin vers l'est. Le capitaine Martin répète cette déclaration rassurante, mais en ajoutant avec une certaine ironie . «Notre seul souci, ce sont des incidents d'une toute autre sorte, à savoir les accidents causés par la circulation sur des routes submersibles de mille véhicules de service. C'est surtout le soir que ceux qui ont trop abusé de la bouteille se défoulent volontiers en empruntant un véhicule pour faire de la vitesse. La course est trop terminée dans le fossé.»

Ce que Lavie ne veut pas admettre, c'est qu'il y aura certainement des fuites de particules radioactives dans l' océan. Mais, selon un article rédigé par un chercheur de l'O.R.S.T.O.M., il faut aussi lui reprocher son ignorance totale de plusieurs (p.467) nouveaux dangers, récemment signalés par des océanographes américains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21:08 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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