17/09/2010

(suite)

18e-20e

Cayenne

en 100 ans à Cayenne : 76 000 bagnards (= popote (en créole)): 2 % ont survécu

19e

Françafrique

Algérie, ...

G. Deneux, in : CARREFOUR 21 – janv.2001

Cette domination coloniale, contrairement à ce que veulent faire croire les manuels scolaires, ne s’est pas réalisée sans " dommages ", sans le recours à la terreur et aux massacres de masse. Quelques exemples suffiront pour en montrer l’ampleur.

En Algérie, au terme d’une " pacification " terroriste qui a duré un-demi siècle, la population autochtone évaluée en 1830 à 3 millions de personnes, n’était plus que 2,3 millions en 1856. Les "enfumades" furent critiquées par quelques rares députés en 1845, mais pour des raisons bien éloignées de l’humanisme civilisateur prôné en d’autres circonstances. Ils émettaient surtout des réserves parce que ces pratiques, qu’ils n’osaient qualifier de barbares, étaient susceptibles de nuire au moral des vaillants soldats conquérants et, qui plus est, de troubler l’image de la grandeur de la France à l’étranger. Mais au fait, en quoi consistait cette fameuse tactique guerrière que l’on n’osait évoquer en termes explicites ? Ce qui arriva en 1845, à la tribu de Ouled Riah, qui refusait la domination coloniale, permet de cerner le sort réservé à ceux qui n’acceptaient pas les apports de la civilisation occidentale. Pour échapper aux troupes françaises, cette tribu se réfugia dans les grottes avec ses troupeaux. Le colonel Pelissier fit dresser d’immenses bûchers à l’entrée des grottes, et, de cette manière, anéantit l’ennemi, par l’asphyxie " d’environ " un millier de personnes. On ne prit pas la peine de dénombrer les femmes et les enfants, ni les animaux, et l’histoire ne nous dit pas si le colonel fut décoré pour ce haut fait d’armes.

(…)

Ceux qui, comme en France, se glorifient d’avoir libéré leur pays de l’occupation étrangère, vont faire preuve d’une "fascinante schizophrénie" en organisant, face aux mouvements de libération nationale, de sanglantes répressions. Les massacres commencent à Sétif en 1945, se poursuivent en 1947 à Madagascar et les milliers de morts d’Indochine et d’Algérie sont autant de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité. (…) Au delà des exactions, des morts, des mutilés et du recours à l’usage généralisé de la torture en Algérie, de 1954 à 1962, les viols (7) massifs de femmes, surtout dans les campagnes, étaient considérés comme le nécessaire au réconfort barbare de la soldatesque. " Cela faisait partie de nos avantages et était, en quelque sorte, considéré comme un dû ". Ces défoulements visaient, en fait, au delà des traumatismes, de la terreur et de l’horreur, la destruction psychologique de l’être laissé en vie. 9 femmes sur 10, interrogées par l’armée française, furent violées.

(…)

Comme le souligne, à sa manière, François Xavier Verschave (11), ces violences terroristes n’ont qu’un sens, maintenir la domination de puissances impériales. Comme il fallait se résigner à accorder l’indépendance des peuples, autant l’octroyer formellement pour maintenir la dépendance par corruption interposée des élites locales. A cet égard, le cas de la Françafrique est un cas d’école.

Lorsqu’en 1960, De Gaulle, à grands renforts de gestes magnanimes, accorde l’indépendance aux colonies, il charge son ami Foccart et ses réseaux de maintenir la dépendance ! Dans l’ombre, commence dès lors, une ère nouvelle où les moyens illégaux, occultes, inavouables, secrets, sont utilisés pour sélectionner les chefs d’Etats africains, amis de la France, pour soutenir des dictatures corrompues, organiser assassinats et fraudes électorales. Lorsque les coups fourrés ne suffisent pas, on passe à la guerre non déclarée ( 100 000 civils massacrés au Cameroun, puis au Biafra, aux deux Congo, au Tchad …). Assurés de la protection de bases militaires françaises, les gardiens de l’ordre néo-colonial, surveillés par les services secrets de la métropole, organisent avec leur tuteur, le partage de la rente des matières premières et le pillage des richesses locales. Elf joue, à cet égard, un rôle majeur dans le dispositif, tout comme le franc CFA. Mais, à la raison d’Etat " foccartienne " va se substituer, dès la venue de Giscard d’Estaing au pouvoir, la mise en œuvre de réseaux concurrents.

L’Etat UDR se délite, des filières privatisées vont s’affronter ; les frères et neveux de Giscard vont côtoyer les fils des Pasqua et Mitterrand. Les financements occultes des Partis et les enrichissements privés à bon compte en valent la peine, d’autant que les paradis fiscaux et autres sociétés-écrans facilitent la tâche de ces personnages.

Rien d’étonnant, dès lors, que les représentants de l’Etat français s’entourent d’aéropages sulfureux ; Tarallo, Sirven, Michel Roussin, Bouygues, Dumez, Elf, Robert Feliciaggi, empereur des jeux, Etienne Léandri qui, collaborateur notoire de la Gestapo, s’est recyclé dans le SAC de son compatriote corse Charles Pasqua, avant de devenir marchand d’armes (Société Tradinco). Ce dernier est d’ailleurs devenu l’ami du milliardaire irako-britannique Nadhmi Auchi. Rien ne manque dans l’arsenal du racket et des coups tordus : trucage des marchés publics, pétrole gagé, filière du diamant. Ces voyous de haut vol alimentent et attisent les guerres, soutenant parfois et en même temps, des camps opposés (Angola, Congo Brazzaville…) à grands renforts de livraisons d’armes et de prêts de vrais-faux conseillers militaires. Cette " maffiafrique " est certainement plus dangereuse que les petits malfrats de banlieue … Mais, elle ne fait pas l’objet de l’attention des médias, et surtout, elle évolue dans des milieux nageant dans des eaux grasses. Pour illustration, il suffit d’évoquer le montant d’une des commissions touchée par l’affairiste proche de la DST et des services secrets russe et israélien, M. Arcadi Gaïdamak, puisqu’il s’agit de lui. Pour avoir facilité la livraison d’armes à l’Angola, après signature avec l’entreprise publique SIMPORTEX, il a pu empocher pour ses frais … 135 milliards de dollars . La République a de ces largesses …

bien évidemment par le développement d’épidémies et la baisse générale des taux de scolarisation. (…)

 

 

 

 

21:34 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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